Véganisme et précarité

Il y a une idée particulièrement difficile à faire comprendre, surtout chez la plupart des véganes : le véganisme « majoritaire » (la forme de véganisme la plus répandue et la plus visible que nous critiquons ici, bien que nous soyons ici conscient-e-s que c’est loin d’être la seule forme de véganisme existante) passe pour une idéologie fondamentalement élitiste, blanche et bourgeoise auprès d’une grande partie de la population. Il s’agira ici de tenter de comprendre pourquoi et éventuellement de chercher des pistes de réflexions pour que cela change.

Ce qui est admis ici est expliqué dans la présentation du site : « L’antispécisme « majoritaire » est trop souvent ethno et occidentalo-centré et oublie trop souvent qu’il y a des personnes vivant des oppressions parfois croisées ».

De plus, l’attitude consistant à culpabiliser tout le monde ou presque est en soi, chez certain-e-s d’antispécistes, probablement minoritaire (ce qui reste à espérer du moins), un problème exaspérant.
Et de fait, le refus de prendre en compte ces sujets exclut énormément de monde, à commencer par les populations précaires.

choix

La question des moyens

Prenons une discussion portant sur l’aspect financier du végétalisme et même du végétarisme. À l’objection selon laquelle le végétarisme est cher, la réponse est toujours la même : une grande partie des denrées de base de l’alimentation végétale est bon voire très bon marché. En effet, à l’exception de la viande et des produits laitiers, ce sont sensiblement les mêmes que pour l’alimentation carnée. Et c’est plutôt vrai dans l’ensemble, surtout si l’on peut faire les fins de marchés, si l’on a accès à des boutiques de déstockage alimentaire et/ou que l’on puisse s’acheter les produits de marque distributeur, même si ce n’est pas toujours vrai : les laits végétaux, par exemple, sont parfois plus cher en supermarché qu’en boutique bio.
Seulement, ces arrangements demandent eux-même parfois certains moyens et une certaine disposition mentale (les personnes craignant de faire les fins de marché seules sont légion). De plus, le véganisme ne se limite pas à l’alimentation. C’est pourtant l’aspect qui est systématiquement oublié quand ce sujet est abordé.

C’est d’ailleurs un problème qui revient assez souvent dans les discussions portant sur la pauvreté et l’accès au véganisme : on ne se concentre très souvent que sur la nourriture, alors que concrètement, même si la nourriture est fondamentale, le véganisme implique de repenser tout son mode de vie. Ce que l’on met dans notre estomac est largement présent dans cette question, qu’on le veuille ou non. D’autant plus qu’en France la prétention d’être « gastronomes » constitue un patrimoine culturel plus ou moins intouchable (mais seulement concernant la France hexagonale : les gastronomies franco-caribéennes, guyanaise, réunionnaise et du Pacifique sont largement ignorées). Et là, j’ignore comment on peut continuer à prétendre que le véganisme est accessible, au sens large.
Il y a des concessions qui peuvent se révéler obligatoires et particulièrement contraignantes : achats parfois d’occasion de produits essentiellement non-véganes, renoncement à l’achat de produits de bonne qualité, limitation de la vie sociale, etc.
Remarque : la question de l’exploitation humaine me semble bien peu voire pas du tout prise en compte dans l’antispécisme majoritaire.

Deux précisions avant tout : Nous ne sommes pas sans savoir qu’il y a des personnes pauvres et véganes qui s’en sortent. Mais quand on est pauvre, on ne devient et ne reste pas végane aussi facilement que quand on a les moyens matériels de le faire. La question est là et pas ailleurs.

Nous souhaitons cependant aller un peu plus loin dans la réflexion sur le rapport entre pratique du véganisme et moyens matériels, en France. D’une part parce que ce blog se situe dans un contexte français et d’autre part parce qu’il est généralement admis ici en France que c’est probablement le pays où il est le plus difficile d’être ne serait-ce que végétarien-ne. Et nous pensons sincèrement que cette question de la classe est une des composantes de cette difficulté.

En somme, nous aimerions ici évoquer (entre autres choses) la question même de cette perception : le véganisme est souvent considéré comme une « lubie de riche ». Dans les milieux végans et antispécistes, l’origine de ce stéréotype n’est jamais questionnée : dès qu’elle est abordée, elle se voit balayée d’un revers de la main.

En effet, pour les « véganes majoritaires », les personnes adhérant à cette image cherchent seulement à justifier leurs habitudes alimentaires et/ou leur absence de réflexion sur le coût global de ce que l’on consomme.
Pourtant, ces objections devraient être l’occasion d’interroger l’image du véganisme, et la manière dont il est promu.
De la même façon, il serait nécessaire d’élaborer une réflexion sur d’autres points :

  • la promotion (pour ne pas dire propagande) très poussée des produits carnés et de ceux issus de l’exploitation des bovins, porcins, et autres gallinacés, sur la façon dont sont gérées les subventions versées par l’Union Européenne, l’État et les régions françaises (nous pourrions parler des subventions vouées à la surproduction porcine par exemple) ;
  • l’accès à l’information (autre que les affiches accusatrices et/ou choquantes que l’on voit de plus en plus çà et là), aux denrées, sur le temps à accorder à son véganisme (ne serait-ce que la recherche de ce qui peut-être considéré comme végane ou pas, la lecture quasi-systématique des ingrédients et autres étiquettes, etc.).

Cette réflexion doit d’autant plus être menée que ces objections ne sont pas fausses en soi.

Qu’on le veuille ou non, il y a de nombreuses raisons pour lesquelles il est bien plus facile et même plus économique de manger carné avec peu de moyens qu’en étant végane. Et quand je dis « économique », je ne parle pas que d’argent : ça va plus vite, c’est considéré comme étant moins contraignant (et ça l’est dans une certaine mesure), c’est plus rassurant par rapport à sa vie sociale et ça demande moins d’efforts dans tout un tas de domaines. De plus, des concessions sont parfois obligatoires selon les moyens dont on dispose : achats d’occasion ou récupération de produits souvent non-véganes, mise de côté l’éthique concernant l’exploitation humaine pour des questions de moyens (ou dans le pire des cas, parce que c’est le cadet de nos soucis…), renoncement à l’achat de produits de bonne qualité, limitation de la vie sociale, etc.
Remarque : la question de l’exploitation humaine me semble bien peu voire pas du tout prise en compte dans l’antispécisme majoritaire. Sauf quand il s’agit de s’en servir pour la comparer au sort des chevaux, des tigres, lions et éléphants enfermés dans des zoos, des vaches ou encore des taureaux…

Au passage, il y a quelque chose de parfaitement contradictoire dans le discours « le véganisme n’est pas plus cher » :  le mode de vie végane est bien plus cher qu’un mode de vie basé sur l’exploitation animale. Pour les raisons sus-citées : les cosmétiques coûtent bien plus chers, les produits ménagers également ; les vêtements véganes sont tous hors de prix et si l’on apprécie les sorties au restaurant, il y a là aussi un surcoût parfois non négligeable. Des solutions alternatives existent parfois. Par exemple, pour le nettoyage, le vinaigre et/ou le jus de citron sont très efficaces et meilleurs pour éviter la pollution intérieure par des produits synthétiques souvent dangereux.
Bref, le quotidien exige un sacré budget, et il manque certainement des dépenses que nous oublions de prendre en compte ici !

Enfin, le véganisme est une niche. Par conséquent, ses produits transformés ne bénéficient pas des coûts bas liés à une production de grande échelle, sans oublier l’attention particulière apportée par certaines marques à la qualité des produits, parfois estampillés « biologique » et/ou « issu du commerce équitable » ce qui augmente encore leur prix.  Il y aurait également beaucoup à dire sur ces labels, mais c’est un tout autre sujet…
Pour résumer, donc, le véganisme n’est pas cher si et seulement si l’on ne prend en compte que l’aspect «   nourriture   » de ce mode de vie.
… Et encore, ce n’est tout à fait aussi simple que ça : n’oublions pas qu’il est indispensable de se supplémenter très régulièrement en vitamine B12. Et cette vitamine, vitale et totalement absence de l’alimentation végétale, coûte cher en France.

Une solution existe pour ce tout dernier point cependant : La Société Végane Française fournit gratuitement les véganes en carence et/ou en difficulté financière en vitamine B12 surle site Internet de leur boutique : *lien*. Jasmine Perez donne par ailleurs de très utiles précisions en commentaire de cet article. Voir *ici*.

Au passage, même si vous vous dites qu’« il y en a d’autres qui en ont plus besoin que vous », c’est vraiment cool d’être altruiste mais ça ne change rien au fait que vous y avez droit si vous êtes précaire.

Si c'est inaccessible aux pauvres, ce n'est ni radical, ni révolutionnaire

Si c’est inaccessible aux pauvres, ce n’est ni radical, et encore moins révolutionnaire

Très cher temps

Au début de ce texte, je parlais de temps à consacrer au véganisme. Et en effet, passer d’un mode de vie carniste à un mode de vie végane demande du temps. D’où un passage fréquent par la case végétarisme, qui demande moins d’efforts et qui s’appuie d’ailleurs parfois sur la méconnaissance des conditions de vie des vaches laitières et des poules pondeuses ainsi que de leurs progénitures.

AngryBlackVegan : Ce qui fut mon cas : Ce n’est qu’un an après être devenue végétarienne que j’ai su qu’il y a de la présure (de l’estomac de veau) dans la quasi-totalité des fromages.

Relativisons : le végétarisme demande moins d’efforts matériels, mais un lourd poids social entre en jeu, le même que pour ceux qui essaient de se sevrer de viande. Paradoxe assez affreux : les végétariens subissent parfois des injonctions aussi violentes que certains carnistes de la part des véganes puristes.

Devenir végane demande de la préparation, donc du temps car, encore une fois, c’est tout un mode de vie à repenser et il faut parfois avoir de l’argent aussi pour éviter un certain nombre de difficultés.

AVB : J’ai passé une semaine sans manger en devenant végétarienne parce que je n’ai pas pris le premier (temps) et manquais du dernier (argent). Je ne recommande en aucun cas autant d’impulsivité…

Il faut du temps pour se renseigner sur le véganisme en tant que tel, sur l’alimentation (les carences éventuelles, les apports en vitamines, en minéraux, en fer, les substitutions, les recettes, etc.), la cosmétique, les conditions de fabrication, la signification de tel ou tel terme obscur sur l’étiquette de tel ou tel produit, sur les lieux où trouver tel ou tel produit, ainsi que sur les produits vraiment exempts, de toute exploitation animale, etc. Et tout ceci exige souvent d’avoir les capacités permettant de lire correctement les étiquettes. Ce qui peut être freiné par des difficultés de lecture, quelles qu’en soient les causes (parcours scolaire, manque d’appareillage pour une bonne vision, dyslexie, etc).
Ceci n’est donc pas évident pour tout le monde, peut être anxiogène, peut mener à des confusions ; sans compter que les informations données ne sont pas toutes fiables, quand elles ne sont pas tout simplement dangereuses.

On n’a pas forcément ce temps quand on est précaire et que l’on a tout un tas de choses à gérer dans sa vie personnelle et/ou que l’on est en mode « survie » : quand on galère pour trouver travail et/ou logement ou même quand on a un travail précaire, quand on doit s’occuper de sa famille, etc.. Et même si certain-e-s réussissent tout de même à prendre de ce temps de recherche, de réflexions, de révolution dans sa vie, chaque individu devrait pouvoir gérer cette dernière au mieux, sans se mettre en danger, sans ajouter d’autres difficultés à sa vie.
D’autant plus que quand on n’a pas grand chose voire rien, la nourriture est souvent le dernier des plaisirs « accessibles » qu’il reste et rien n’est moins attirant qu’un mode de vie perçu comme austère ou pire, comme facteur aggravant d’une situation critique. Il se peut que l’on doive privilégier sa propre survie malgré toute sa bonne volonté.

On oublie trop souvent qu’avoir du temps pour soi est globalement un luxe. De nombreuses personnes subissent un travail contraignant, auxquels s’ajoutent parfois des horaires décalées par rapport à la norme « horaires de bureau », sont parents isolé-e-s, ou en couple précaire, etc.
Fort heureusement, les initiatives prenant en compte ces aspects existent, comme *ici* ou **.
Enfin, quand l’on se débat avec des troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie, hyperphagie, etc) ou des allergies alimentaires, rien ne justifie d’ordonner à autrui de détériorer sa santé pour quoi que ce soit, même pour une cause que l’on estime juste.

Et nous sommes parfaitement conscient-e-s que les vaches, cochons, poules, dindes ne peuvent se permettre d’attendre. L’urgence pour elleux est le véganisme tout de suite, partout. C’est aussi évident pour nous qui écrivons ces lignes. Mais que cela plaise ou non, chaque pas est déjà un grand pas et doit être encouragé comme tel, de la même façon que l’on devrait valoriser les personnes qui réussissent à faire cet effort malgré toutes ces difficultés, et surtout pas les traiter avec mépris parce que leur « sacrifice » n’est pas prétendument assez grand. N’oublions pas que les pressions allant contre le véganisme sont parfois extrêmement fortes et qu’il n’est pas aisé pour tout le monde d’y faire face, malgré toute la bonne volonté du monde.
Dans notre optique, nous estimons qu’il est préférable de faire comprendre cette urgence de façon claire, argumentée, précise et documentée mais certainement pas en faisant passer les individus pour de mauvaises personnes dans l’absolu.

Culpabilise, je te l'ordonne !

Culpabilise, je te l’ordonne !

De la même façon que même une personne concernée par telle(S) ou telle(S) oppression(S) ne peut avoir toujours la possibilité de mener ses luttes comme elle le souhaiterait, tou-te-s les aspirants véganes n’ont pas forcément les ressources pour faire tout, tout de suite. Et ces personnes ont bien plus besoin de soutien et d’accompagnement si elles en ressentent le besoin que d’une culpabilisation qui n’aidera personne, surtout pas les premiĕr-e-s concerné-e-s par la lutte pour la libération animale. Ajouter de la culpabilisation (des puristes véganes) à la culpabilisation (sociale des carnistes anti-végéta*isme) empêche toute forme de réflexion sur des solutions pour avancer.

En plus de tout ceci, il faut faire face à l’image selon laquelle on ne met pas de viande dans ses pâtes parce qu’on est trop pauvre pour ça. Ce qui soulève un paradoxe : si la viande est si chère, pourquoi est-ce l’alimentation végéta*ienne passe t-elle davantage pour une alimentation réservée aux riches que l’alimentation carnée ?
C’est un peu vite oublier que, pour beaucoup de gens, la viande a une fonction sociale forte. Mais, surtout, c’est oublier que les précaires ne peuvent pas non plus se payer des légumes frais, qui eux sont souvent chers, parfois plus que la viande.
Les légumes de saison, quant à eux, nécessitent un effort d’information en amont : se renseigner sur les calendriers qui ne donnent pas tous les mêmes infos et s’abstenir de consommer certains légumes à certaines périodes de l’année. Ce qui n’est pas toujours évident lorsque l’on a été habitué à une très forte présence de tous légumes en toutes saisons. D’autant plus que leurs prix varient beaucoup plus fortement et rapidement que les viandes.
Une solution pour ça est de faire les fins de marché quand c’est possible et quand on ne tombe pas sur des marchand-e-s malveillant-e-s ou encore de se tourner vers les légumes disponibles en surgelés, qui ne sont pas de qualité moindre, ne l’oublions pas.

Ceci mène d’ailleurs à la problématique des subventions déjà soulevée, mais aussi de la qualité des aliments que l’on ingère : pour avoir de la viande pas chère, il reste que les steaks hachés de qualité médiocre, les lasagnes de cheval entre autres paquets de « jambon » à moitié faits d’eau et de sel. C’est (à peine) exagéré mais concrètement, même sans forcément aller dans le plus bas de gamme parmi les produits bas de gamme, on peut manger relativement correctement (bien remplir son estomac j’entends…) pour pas cher avec des produits carnés, même en mangeant de la viande tous les jours. Si l’on prend en comparaison les produits véganes transformés (fromages véganes, jambons véganes, etc) nous ne sommes plus dans les mêmes fourchettes de prix et l’offre est bien moins importante, n’entraînant pas de variations de prix très élevés.
On apprend donc très vite que les substituts à la viande ou au fromage sont largement dispensables (sauf le tofu si l’on peut aller en épicerie asiatique pour en acheter) et à réserver aux grandes occasions, à la rigueur.

Un peu d'humour basé sur l'exagération, voulez-vous ?

Un peu d’humour basé sur l’exagération, voulez-vous ?

Quant à l’injonction à ne manger que riz, pâtes et patates pour devenir « un-e bon-ne végéta*ien-ne pauvre mais qui fait des efforts quand même ! » elle me semble évidemment très problématique, et enterre d’avance toute réflexion sur les pressions sociales et sur la quasi-absence d’information voire la désinformation largement répandue concernant les modes d’alimentation végétarienne et végétalienne.
Revenons à la fonction sociale de la viande : n’oublions pas que pour beaucoup, le fait de manger de la viande est une façon de (se) prouver que l’on n’a pas complètement sombré dans la misère. C’est très probablement un reste de l’époque où l’on ne consommait de la viande qu’une fois voire deux par semaine parce que les steaks hachés premier prix n’existaient pas, que les subventions ne compensaient pas les prix de production comme elles le font maintenant et peut-être d’autres aspects que toutes les personnes nées après les « trente glorieuses » (me semble-t-il) en France n’ont pas connu… La viande à tous les repas ou presque dans tous les foyers ou presque est un phénomène très très récent et surtout, qui ne concerne qu’une minorité de pays, « riches », Occidentaux surtout où l’accès à une illusion de surabondance de nourriture est la norme. Ne l’oublions pas non plus.

Les phrases du type : « Moi, je suis grave en galère et je suis végane quand même alors les personnes précaires qui disent ne pas être véganes à cause de la pauvreté se cherchent des excuses/ne font pas d’effort » réussissent à flatter l’ego des personnes qui les prononcent tout en faisant la démonstration d’une absence d’empathie étonnante pour des gens qui prétendent se préoccuper du bien-être, de la survie et de l’égalité animale mais adoptent une réflexion purement égocentriques vis à vis des problématiques liés à la précarité sociale.

Et on n'est pas aidé-e-s avec ce genre de désinformation !

Et on n’est pas aidé-e-s avec ce genre de désinformation !

Pour récapituler, il est primordial de mettre à disposition des solutions et des informations les plus complètes possibles en matière de droits, de défense contre les préjudices éventuels, de nutrition, d’habillement, de cosmétiques, et d’industrie en général, etc. en même temps que l’on parle de droit des « animaux ».
De plus, toutes ces propositions doivent prendre en compte le fait que nous ne sommes pas tou-te-s égaleux en matière de moyens économiques. Parce que tout le monde ne peut pas se permettre de boycotter telle ou telle marque ou enseigne, que les alternatives ne sont pas toujours accessibles géographiquement, ni financièrement, etc.

Plus globalement, le véganisme ne peut se passer sur une réflexion globale sur le mépris de classe, sur la société de consommation qui impose à chaque individu une façon d’être unique comme tout le monde, mais aussi et surtout sur le capitalisme, sur l’impérialisme (la problématique de l’accaparement des terres en Afrique par exemple mérite qu’on s’y attarde) et le colonialisme.
Tout un tas de sujets non développés ici mais qui pourraient l’être à l’avenir. Car c’est lié : « Les subventions européennes minent l’agriculture africaine ».

Pillage de l'Afrique
Cet article a été écrit en collaboration entre AngryBlackVégane, Tata, Léna MF, Iméon, Arrakis et à une autre contributrice anonyme dont les retours critiques, correction et ajouts au texte furent très précieux pour l’avancement de ce travail. Et merci à Amel d’avoir essayé.


Références :

Ressources sur les subventions :
13/03/2003 : Les subventions européennes minent l’agriculture africaine

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La viande et l’argent du contribuable

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Les agriculteurs bio ont le blues après la baisse des subventions

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Les agriculteurs qui touchent le plus de subventions…

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Les aides en faveur de l’Agriculture Bio

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Subventions : ce que touchent vraiment les agriculteurs

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Agriculture Bio : où en est-on ?

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Le cas particulier de l’élevage des cochons :

L’étrange subvention à la surproduction porcine

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La crise du porc est cyclique. Elle résulte d’une politique absurde mêlant investissements et subventions. Cochon qui investit. septembre 1998

***
Résultats économiques de l’agriculture

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10 réflexions sur “Véganisme et précarité

  1. Hello,
    Je partage toutes ces analyses.
    « Plus globalement, le véganisme ne peut se passer sur une réflexion globale sur le mépris de classe, sur la société de consommation qui impose à chaque individu une façon d’être unique comme tout le monde, mais aussi et surtout sur le capitalisme, sur l’impérialisme (la problématique de l’accaparement des terres en Afrique par exemple mérite qu’on s’y attarde) et le colonialisme. »
    Je viens de terminer un travail sur ça (qui sort dans quelques mois), sur tout ce qui me pose problème dans le mouvement v., sur l’impensé social.
    Ces questions sont peu discutées en France (alors que les débats sont vifs chez les Américains, dernièrement Francione attaquant Breeze Harper).
    Donc votre blog fait du bien, au mouvement, et on se sent moins seul. Je ne sais pas comment se passent les Estivales de la question animale, mais ça serait chouette si on entendait cette voix, ces pensées.
    Si vous n’avez pas lu son travail, je vous conseille A. Breeze Harper (et Bryant Terry, un cuisinier) (et Corey Lee Wren).
    Deux extraits de textes de Breeze Harper :
    « The roots of veganism are not elitist and if the global food system were not so embedded in imperialistic capitalism, neocolonialism, and racialized hierarchies of power, veganism could be a possibility for many people who are otherwise hindered by classism and environmental racism. »
    et
    « How can any of us be exempt from the same critical reflexivity and emotionally difficult self-analysis that we demand from speciesists ? »
    (par « any of us », elle veut dire « véganes » ou antispècistes (c’est un mot qu’elle a utilisé une fois en réponse à un débat).
    C’est bien le problème du mouvement. Le véganisme français est encore peu politique, ça va changer.
    Bonne soirée,
    Martin

    Aimé par 2 people

    • Merci infiniment, pour ces informations complémentaires et pour vos remarques, ça fait chaud au cœur.

      Je connais Breeze Harper (j’aurais effectivement dû penser à la citer dans cet article et ceux évoquant l’intersectionnalité) et Bryant Terry mais pas Corey Lee Wren. Je vais me renseigner, merci.

      Concernant les Estivales de la question animale, j’ai eu des retours qui sont loin, très loin d’être positifs. J’ai d’ailleurs reçu des échos de personnes qui ont été témoins de racisme, de lesbophobie et d’homophobie durant ces événements il y a 2 et 3 ans.

      J’ignore si des progrès ont été fait depuis, mais je crains fortement que ça ne soit pas le cas, surtout si l’équipe d’organisation est la même.

      Bonne soirée à vous.
      ABV

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      • Ah je ne savais pas pour les Estivales. Merde alors. Certains trucs m’avaient gêné dans des videos (dont une condescendance/moquerie d’antispécistes à l’égard des véganes), mais j’y ai trouvé des videos intéressantes. Flûte.
        En tout cas, ça serait tellement important que ces idées politiques (et vos textes aussi sur le problème de la comparaison esclavage et élevage) soient largement diffusées, que ça fasse bouger (et qu’on sorte de toujours les mêmes références, Singer, Francione, etc), mais hm je ne sais pas comment en effet si les lieux mainstream ne sont pas accueillants. J’espère que ça va s’ouvrir, il faudrait des passeurs. Il y en a forcément.
        Corey Ley Wren est la fondatrice de
        http://veganfeministnetwork.com
        c’est une ressource de textes passionnante.
        Bonne soirée

        J'aime

  2. Bonjour ABV,

    Un bon exposé qui met en lumière les difficultés d’application du véganisme relativement aux croisements de facteurs socio-culturo-économiques extrêmement prégnants et coercitifs. Il y a du boulot pour transformer la société française sur des bases éthiques biopolitiques stables. Mais « société française » sonne un peu comme un archaïsme désormais. Elle est prise dans un flux mondial qui l’incorpore et la dépasse. Elle retarde aussi beaucoup, forte de ses droits de l’homme (1789 et 1948) qu’elle considère comme suffisants, et politiquement engoncée dans une « vision » sans avenir où le capitalisme est roi. Une société d’abandon(é-e-s).

    Véganement,

    M.

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  3. Merci pour cette article, qui soulève de vraies questions de fond, et dont je partage totalement les conclusions.
    Par contre, la vitamine B12 (ampoules buvables) me coute environ 3 euros/mois; il me semble que le souci ici n’est pas le coût mais (entre autres) la difficulté d’accès à l’information (car il est vrai que se documenter requiert une certaine disponibilité intellectuelle). De même, pour les cosmétiques, de plus en plus collent aux exigences véganes et sont à peine plus cher (voire équivalents) que les cosmétiques conventionnels… mais sont principalement vendus en réseau bio.
    J’ai quand même l’impression que les alternatives véganes sont de plus en plus accessibles économiquement… ce qui ne les rends pas accessibles pour autant.

    Et merci de soulever la question de l’exploitation humaine, trop souvent balayé d’un revers de main; le véganisme ne peut pas en faire l’économie sans se vider de sa substance…

    Aimé par 1 personne

  4. Merci beaucoup pour cet article, il résume tous les points essentiels de la question, c’est vraiment super de voir enfin le sujet abordé posément !! Je m’en vais donc le partager illico (je fais partie des aspirants véganes, c’est pas encore ça mais j’y travaille).
    (Par contre, je crois que la remarque sur la prise en compte de l’exploitation humaine par le véganisme apparaît deux fois, si je ne me trompe pas)

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  5. Merci d’écrire « végane » en français et de mentionner la Société végane. Il est peut-être utile de préciser que la B12 distribuée aux véganes carencés et/ou en difficulté financière est entièrement financée par les ventes de Veg1, adhésions et dons. Sans eux, nous serions obligés de cesser ce programme d’aide.

    Pour obtenir un flacon de B12, il ne faut plus (surtout pas) écrire à l’e-mail indiqué (que nous avons du mal à gérer, car nous sommes tous bénévoles), mais faire une demande directement sur le site de la boutique : http://shop.societevegane.fr/accueil/16-programme-d-acces-b12.html. Nous ne traitons plus aucune demande par e-mail. Vous serait-il possible de corriger le texte, s’il vous plaît ?

    Par ailleurs, il faut savoir qu’il existe des B12 très peu chères. Nous ne conseillons pas les ampoules de pharmacie, qui reviennent chères à l’année (il faut compter deux ampoules par semaine) et ont pu être testées sur les animaux. Mais on peut se procurer facilement sur Internet la B12 Natrol 5000 µg parfumée à la fraise (1 comprimé tous les 15 jours suffit, donc le flacon dure plusieurs années) ou bien la B12 Source Naturals cyanocobalamine 2000 µg pêche-framboise (1 comprimé par semaine). Il existe plusieurs spécialités Source Naturals, et la plus intéressante est celle que j’ai indiquée. Ces B12 sont végétaliennes et non testées, mais il n’y a pas la garantie d’un logo végane.

    Sur notre groupe Facebook Vive la B12 !, il y a des posts proposant de partager de la B12, notamment la Natrol, dont la date de péremption arrive généralement avant que le flacon ne soit terminé. Cette solution permet de dépenser très peu d’argent d’un coup. Par exemple, on peut acheter de la Natrol à 15 € (frais de port compris). Le flacon dure 200 semaines. Un an de B12 coûte donc presque 4 €.

    Merci !

    J'aime

  6. Merci infiniment pour ce point de vue si peu développé en France. D’ailleurs j’ai découvert votre article via le réseau québécois Jase. Il y a peu une personne sur Facebook m’a répondu que veganisme et libéralisme n’était pas incompatible. Au contraire, il est temps que la question animale croise d’autres luttes car il y a nombre de convergences. Je trouve dommage que les commentaires s’arrêtent sur l’accès à la B12, alors que le vrai challenge c’est de démontrer comment le système qui broie les animaux broie aussi les personnes et notamment les plus vulnérables.

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