Intersectionnalité et véganisme avec Akash

I.                   Qu’est-ce que l’intersectionnalité ?

Le terme « intersectionnalité » désigne une notion de sociologie créée en 1989 par Kimberlé Crenshaw [article complet posant les bases du concept ici] et décrivant l’interdépendance des oppressions raciales, de classe sociale et de genre que subissent les femmes noires.

Kimberlé Crenshaw

Kimberlé Crenshaw

Bien que le terme soit récent, les réflexions sur le croisement entre patriarcat, lutte des classes et racisme sont bien antérieures à 1989 : le Combahee River Collective, un collectif de femmes noires lesbiennes étasunien-ne-s, parlait de « simultanéité » des oppressions dans les années 1970, Bell Hooks publiait « Ne suis-je pas une Femme » en 1981 et Angela Davis en parlait déjà dans son livre « Femmes, race et classe » en 1983.
Tout ça pour dire que le vécu des femmes noires ou du moins des noir-e-s assignées femmes précaires est bien antérieur aux mots pour le décrire.

« Le terme intersectionnalité renvoyant au fait de prendre en compte dans une lutte militante aussi bien le racisme, le sexisme que la lutte des classes, émane de Kimberlé Crenshaw dans le cadre d’un article universitaire, disponible ici en français. Si l’article est paru en 1991, on peut dire qu’en pratique l’intersectionnalité existait dès lors que des femmes esclaves, puis colonisé-e-s et exploité-e-s résistaient contre les dominations de race, classe et sexe qui les affectaient, qu’importe que cela soit théorisé ou non. Il y a quand même eu une secousse militante forte dans le militantisme des années 1970 : les résistances des femmes noires ont acquis un statut politique. C’est ainsi que sont nés le Black Feminism, et plus tard le Womanism.  Les femmes noires étaient désormais au centre, pas à la marge. »

Extrait du blog « Chronik de nègres invertis » qui n’existe plus à l’heure actuelle.

En somme, l’intersectionnalité concerne au minimum et de façon systématique les femmes et personnes assignées femmes à la naissance, noir-e-s et précaires. En d’autres mots, l’intersectionnalité décrit les mécanismes de racialisation genrée /genre racialisé, de précarité genrée et racialisée. Il s’agit de démontrer à quel point la classe, la race et le genre ne sont pas des pôles vivant sur des sphères séparées mais qu’ils sont étroitement liés et qu’ils se renforcent les uns, les l’autres.

Concrètement, cela signifie que le sexisme par exemple changera de forme selon la race et la classe sociale de la personne visée. Il en est de même pour le racisme qui se manifestera différement selon le genre et la classe sociale et enfin, le processus sera identique pour la classe sociale.

De fait, affirmer que « l’intersectionnalité, c’est pas pour moi » quand on est blanc-he est redondant mais affirmer que « l’intersectionnalité est un concept discutable » ou encore que c’est anti-féministe montre au minimum une très mauvaise compréhension de ce qu’est réellement l’intersectionnalité, au pire, un racisme misogynoir qui ne dit pas son nom. Car les femmes noires et les personnes assignées femmes noir-e-s précaires vivent l’intersectionnalité. Il est important de retenir qu’il s’agit là d’un mot posé sur une réalité sociale décrivant une multiplicité de vécus ayant une base commune : l’expérimentation combinée du racisme, du mépris de classe et du cishétéroblantriarcat. Pardonnez-moi ce mot à rallonge ; retenez qu’il s’agit de l’action simultanée et indissociable du patriarcat, du racisme, de l’hétérocentrisme (la prédominance hétérosexuelle) et du cissexisme (les cis sont toutes les personnes qui se reconnaissent dans le genre qui leur a été attribué à la naissance), le cissexisme désigne la prédominance des cis. Je vais même me permettre d’en rajouter pour parler de l’invisibilisation des intersexes mais je n’ai pas de mot pour ça  (dyadic-centrisme ?).

II.                   Détournement du concept

Depuis un certain temps, on peut observer deux phénomènes parallèles :

·         L’usage de « convergence des luttes » comme synonyme d’intersectionnalité ;
·       Le détournement pur et simple du terme intersectionnalité pour y inclure tout et surtout n’importe quoi.

• « La convergence des luttes »

Terme qui à l’oigine décrit la mise en commun de luttes de groupes diversifiés mais appartenant souvent à la même classe sociale (toutes les personnes précaires parmi les : retraité-e-s, étudiant-e-s, chômeur-euse-s, employé-e-s, etc.), il revient pour quelques un-e-s à la même chose ou presque que l’intersectionnalité. Or, là où l’intersectionnalité prend pour point de départ le vécu des noir-e-s femmes et assigné-e-s femmes à la naissance précaires pour penser les rapports de domination et pour organiser leurs propres luttes avec leurs propres outils et selon leurs propres termes, le principe de « convergence des luttes » ne décrit absolumet pas le même principe. Le mot même de « convergence » détournée pour parler des luttes pour la justice sociale part du principe que les luttes antiracistes, antisexistes, antivalidisme, etc. sont séparées par principe et qu’il faut les réunir en un centre indéfini.

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Ceci n’est pas un gâteau intersectionnel

Ce terme se veut englobant sans pour autant apporter de réflexions très approfondies et étendues sur les luttes qu’il prétend mener. Il est repris par des blanc-he-s se prétendant allié-e-s des luttes intersectionnelles ou souhaitant les récupérer pour leur propre agenda (comme 269Life en 2017 avec son happening prévu pour le 10 mai) et qui parfois ont bien compris que le terme intersectionnalité est intimement rattaché aux luttes noires mais qui veulent tout de même garder la mainmise sur ces luttes. Comme s’iels étaient indispensables à toute lutte, même en ne vivant pas dans leur chair les effets des oppressions, oubliant de fait le principe bien connu affirmant : « ne me libère pas, je m’en charge » qui est pourtant la base même de l’existence des luttes intersectionnelles.

• Détournement du terme

À côté de ça, il y a des personnes et des groupes qui n’hésitent pas à carrément reprendre le terme « intersectionnalité », à le vider de sa substance voire à le couper de ses origines pour en faire un fourre-tout englobant tout un tas d’oppressions, comme si l’intersectionnalité n’était qu’un terme vide désignait un empilement d’oppressions et ne décrivait pas une réalité sociale vécue par des individu-e-s.

On se retrouve donc avec des personnes qui utilisent le terme comme une sorte de synonyme de « convergence des luttes » (locution elle-même détournée et vidée de son sens premier) et qui omettent voire effacent totalement les questions raciales, de genre et parfois de classe sociale, faisant de ces questions des problématiques secondaires. Et c’est exactement ce qui se passe avec le véganisme blanc qui parle d’intersectionnalité tout en incluant les animaux. Or, aucun animal n’est victime de mépris de classe, de misogynie ou encore de racisme. Il n’existe pas de spécisme racialisé (?!), de spécisme lié à la classe sociale et le spécisme genré peut-être largement discuté sans avoir à faire appel au concept d’intersectionnalité.

Expliquons ce dernier point. S’il existe un spécisme genré pour certaines espèces exploitées pour l’élevage, il ne peut être qualifié d’intersectionnalité dans la mesure ou, comme déjà expliqué, ce terme décrit des phénomènes fondamentalement liés de race genrée et de classe, de classe racialisée et genrée, de genre racialisée et de classe. Il manque les dimensions de race et de classe dans le spécisme genré. Et tout simplement, l’anthropomorphisme qui serait fondamentalement constitutif d’un tel rapprochement brouillerait la réflexion à ce sujet.

« L’intersectionnalité n’a pas été construite pour créer des alliances militantes entre blanc-he-s et non blanc-he-s, surtout que les alliances mixtes sont quasiment toujours à l’avantage des dominant-e-s qui imposent leur vision. L’intersectionnalité a été, est encore pour certaines, et doit rester, une manière pour les opprimé-e-s non blanc-he-s sur plusieurs axes d’être AU CENTRE et pas à la MARGE. Nous n’avons pas à faire de la convergence des luttes, car cette expression montrent bien que les luttes continuent à être pensées depuis des positions qui ne sont pas les nôtres, et qu’il est juste question d’appeler à ce que ces luttes se rejoignent (et on verra qui appelle…).

Or Nous sommes la convergence. Nous n’avons nulle part à converger. Nous sommes l’intersectionnalité, point final. Et ici, Nous = femmes, trans, queers, intersexes, homos, handi non blanc-he-s. Posez-vous la question : pourquoi se sont toujours les blanc-he-s de gauche qui parlent de « convergences des luttes » ? Il y a une confusion hyper dommageable pour Nous, entre le fait que Nous souhaitions interpeller les nôtres sur les points aveugles de leur politique (légitime), et le fait que les blancs enjoignent à la « convergence des luttes » (illégitime), ce qui revient souvent à dire « suivez notre agenda » »

Extrait de l’article « L’intersectionnalité en question (1) : la dépolitisation blanche », publié dans le blog « Chronik de nègres invertis ».

I.                   Comment inclure les réflexions intersectionnelles dans celles portant sur le véganisme

Il nous faut penser les enjeux et paramètres du véganisme en prenant en compte les rapports de race, de genre et de classe, mais aussi la santé de manière à penser les discours et les actions menées comme celles à mener. Autrement, le véganisme est condamné à être perçu comme étant  une lubie d’Occidenta-le-ux aisés en mal de cause « sérieuse » à défendre.

C’est-à dire  qu’il est nécessaire de :

1.      Penser le rapport au corps et respecter la dignité humaine des racisé-e-s ;

Les corps des femmes racisées, non-binaires, valides, non-valides sont souvent animalisés (« Toi, tu peux comprendre, tes ancêtres ont vécu la même chose [que les animaux aujourd’hui] »), exotisés et subissent la police du corps (grossophobie, validisme, capacitisme, sexisme, misogynoir, body-shaming. Ces termes sont expliqués ici).

De fait, il est important de prendre ces paramètres en compte afin de ne pas reproduire d’imageries ou de propos oppressifs et anxiogènes, comme le fait PéTA (entre autres) avec ses nombreuses campagnes misogynes, grossophobes et souvent racistes. Notez que PéTA a beau être la pire des organisations de défense des droits des animaux en terme de respect des humains et surtout des humaines, iels ne sont pas les seuls à dépasser les bornes de la décence.

Celina Jaitly pour PéTA

Concrètement, sur cette image, se pose clairement le problème de l’instrumentalisation du corps d’une femme, racisée, exotisée, avec une glamourisation des violences faites aux femmes et aux personnes assignées femmes. Glamourisation se basant sur et renforçant la culture du viol :  Ici, Celina Jaitly reste désirable même « attachée, battue, abusée » comme dit le slogan. De plus, elle est animalisée puisqu’elle est censée représenter un éléphant, victime de la cruauté des humains.
Enfin, elle est plus claire de peau que ses bourreaux. Or, en Inde se pose la problématique du colorisme liés aux rapports de classe et à la misogynie. Plus on est foncé-e de peau, plus on est discriminé-e.  Le système de castes est d’ailleurs intimement lié à la couleur de peau.

2.      Cesser l’instrumentalisation de crimes et génocides passés et en cours (esclavage, holocauste…) ou de luttes pour la justice sociale dans le but de faire passer l’antispécisme pour une lutte plus « moderne » et importante que toutes les autres ;

Chaque oppression possède des spécificités, comme on l’a vu dans le dossier traitant de la comparaison entre élevage et esclavage.

Et s’il existe parfois des mécanismes similaires, il n’est pas nécessaire de faire des comparaisons entre plusieurs oppressions, surtout de façon simpliste et anthropomorphe. Certes, les animaux ressentent, communiquent mais ils ne vivent pas les mêmes choses que les humain-e-s. Nous devons accepter nos places respectives.

Le sort réservé à certaines espèces animales contient suffisamment d’horreurs ; nul besoin d’aller en chercher chez les humain-e-s des crimes pour parler de ce que subissent les vaches, les cochons, les veaux. C’est une question de cohérence : humaniser les animaux et animaliser les humain-e-s revient à s’appuyer séparément ou tout à la fois sur le spécisme, la misogynie et/ou le racisme pour lutter pour la libération animale.

De même, il n’y a aucun absolu dans les souffrances : les animaux ne souffrent pas tous ; certains sont même bien mieux traités que bien des humain-e-s, contrairement à ce que certain-e-s se l’imaginent, en étant racistes au passage :

Ravelle le raciste

Pour donner un autre exemple, il arrive souvent que l’on donne plus d’argent ou de nourriture à un-e SDF possédant un animal pour l’animal et certainement pas pour l’humain-e qui vit avec.

3.    Penser à l’accessibilité à tous les niveaux ;

La majorité des campagnes et actions promouvant le véganisme ne prennent en aucun cas en compte la question de la classe sociale, de la santé qui peut parfois poser de lourds problèmes, des situations de handicap.

Quand on parle de santé, il est rétorqué que c’est un faux argument, voire que le véganisme est LE remède miracle qui réglera tout ou partie de ces problèmes.

Et les situations de handicap sont parfaitement ignorées.

Quand la question de la classe sociale est abordée, c’est uniquement pour dire que la nourriture végane n’est pas chère. Or, le véganisme, c’est tout un mode de vie à repenser. Ça ne s’arrête donc pas au contenu de son assiette.

Si c'est inaccessible aux pauvres, ce n'est ni radical, ni révolutionnaire

Si c’est inaccessible aux pauvres, ce n’est ni radical, ni révolutionnaire

Et même là, ça peut être compliqué : l’accès à des produits de qualité n’est pas simple quand on n’a pas les outils pour se les procurer, pour s’informer de leur existence et surtout quand on a peu de moyens. Et beaucoup de produits véritablement véganes, alimentaires ou non, ne sont carrément pas accessibles aux personnes ayant de faibles revenus.

De plus, il y a énormément de denrées alimentaires qui semblent véganes ou presque (traces de lait) mais qui contiennent parfois des produits issus de l’exploitation voire de la mort d’animaux sans que ça soit indiqué clairement dans la liste des ingrédients.

Concernant l’accessibilité, en plus de l’aspect financier et celui concernant la santé, il ne faut pas oublier que tout le monde ne peut pas facilement trouver des denrées, des informations (même avec une bonne connexion internet, il faut savoir où chercher les bonnes infos), ou même des personnes avec qui échanger ces infos ou tout simplement comme soutien dans la démarche vers le véganisme, qui est plus difficile qu’on ne le dit et le pense.

4.    Décentraliser et décoloniser le véganisme ;

Prendre en compte les intérêts des animaux ne doit pas se faire au détriment des populations humaines qui subissent déjà l’impérialisme Occidental.

Il faut prendre en compte le fait qu’il y a des combats importants à mener en parallèle pour les véganes ou aspirant-e-s véganes racisé-e-s : la lutte pour que les racisé-e-s soient considéré-e-s en tant qu’humain-e-s à part entière, pour la fin des crimes racistes, pour la sécurité, pour l’accès au travail et au logement, etc.

Les animaux sont importants et il s’agit de leur donner la place qu’ils doivent avoir sur Terre mais la lutte pour leurs intérêts ne doit pas se faire au détriment de ceux d’humain-e-s qui subissent bien des violences (racisme, sexisme, validisme, mépris de classe, MOGAIphobie). Sans compter, qu’encore une fois, il y a des animaux qui vivent bien mieux que certain-e-s humain-e-s. Tous les animaux ne finissent pas à l’abattoir. Tous ne sont pas abandonnés, violentés, exploités, etc. Les animaux ne sont pas un groupe homogène et indivisible dans lequel il n’y a que souffrance et mort. Cette essentialisation est pour nous aussi spéciste que de les considérer comme un groupe homogène et indivisible fondamentalement inférieur.

Pourtant, beaucoup de véganes ont tendance à minimiser le racisme, le sexisme, l’hétérocentrisme, le cissexisme, le validisme, pour valoriser la lutte antispéciste, en faire LE combat actuel important. Le tout en exigeant des racisé-e-s, des femmes, des MOGAI, des précaires d’être antispécistes parce qu’iels oublient l’essentiel dans leur luttes et parce que compte tenu de leur histoire : esclavage, Shoah, colonisation, patriarcat, exotisation, iels savent mieux que quiconque ce que c’est qu’être animalisé-e-s, réduit à l’état d’objet.

À côté de ça, il est souvent périlleux de demander à des véganes de réfléchir à leur propre racisme, à leur propre sexisme, à leur propre homophobie ou encore à leur mépris de classe intériorisé. C’est ce qui est à l’origine du fait que le véganisme est un mouvement essentiellement blanc de classe moyenne ; c’est pensé par et pour elleux. Et paradoxalement, il est exigé aux personnes racisées qu’elles prouvent plus que quiconque qu’elles sont bel et bien véganes.

5. Questionner les représentants et les idoles

Concrètement, la quasi-totalité des « théoriciens » du véganisme / de l’antispécisme sont des hommes occidentaux, blancs, de classe moyenne voire supérieure et valides.

Et ça joue dans la façon dont le véganisme est pensé et dans la façon dont il est perçu.

Or, n’oublions pas que les hommes cis hetéro blancs font partie du groupe dominant et ils se réservent parfois les meilleures places dans le véganisme car c’est la seule lutte anti-oppression dans laquelle ils peuvent prendre toute la place sans que les opprimé-e-s ne les remettent à leur place d’alliés qui occupent beaucoup trop d’espace et de temps de parole.

Nous devrions être cohérent-e-s dans nos luttes : cessons de nous cacher derrière la lutte contre le spécisme pour cacher nos propres privilèges.

Article écrit avec Akash, merci à toi.

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2 réflexions sur “Intersectionnalité et véganisme avec Akash

  1. De notre côté nous comprenons l’antispécisme comme englobant les notions d’intersectionnalité très bien décrites ci-contre (un des rares qui l’évoque dans les parutions véganes occidentales est Martin Gibert dans « Voir son steak comme un animal mort », sauf erreur et à notre connaissance). Vous soulevez des points toujours très intéressants et cet article mérite plusieurs lectures pour être correctement cerné. Il y a toujours votre virulence à l’encontre de « privilégiés » ou pseudo-dominants, et si l’on entre peu ou prou dans ces catégories (sans l’avoir voulu cela va de soi) ça créé toujours un drôle de malaise parce que la façon radicale (au sens du propos fermement dit) dont vous exposez faits et analyses donne une impression de généralité – et pour le coup cela vous fait un peu verser dans ce que dénoncé. Cela reste ma façon de vous comprendre, et après tout peut-être que je me trompe.
    Veganement,
    M.

    J'aime

  2. Pour m’être intéressée à ce sujet dans le cadre d’un mémoire de fin d’études portant sur les mobilisations associatives autour du bien-être animal (et pour être devenue féministe après avoir compris que j’étais antispéciste), je ne suis pas d’accord avec tout ce qui est dit dans cet article :

    « Aucun animal n’est victime de mépris de classe, de misogynie ou encore de racisme ». –> Alors je pense qu’il faut quand même rappeler que le sort des femelles est très différent de celui des mâles (insémination forcées, traite, retrait des petits quelques heures après la naissance)… sans oser parler de « sexisme » ou de « misogynie », il faut l’avoir en tête. Ca a même donné lieu à des livres qui y font le lien entre spécisme et sexisme (voir Sexual Politics of Meat) par exemple.
    Les campagnes de l’association PeTa sont vivement critiquées par un grand nombre d’autres acteurs véganes, elles sont sexistes, racistes et souvent spécistes… C’est revenu à beaucoup de conférences auxquelles j’ai pu assister dans le cadre de mon stage, le message de PeTa est très anecdotique et, s’il est très vendeur aux Etats-Unis, il a beaucoup de mal à se faire sa place en France.
    Sur le fait qu’il « n’est pas nécessaire de faire des comparaisons entre les oppressions »… Je veux bien croire que cela n’est pas nécessaire, mais est-ce que ça veut dire que ça n’est jamais utile ? La comparaison entre l’élevage et l’esclavage a pour but (à mon sens) de faire comprendre aux personnes avec qui l’on discute qu’une chose qui a pu être considérée comme tout à fait normale à une époque donnée (comme traiter un Noir comme un esclave), peut aujourd’hui paraître absolument immoral. Comme il paraîtra sûrement immoral un jour de traiter un animal comme une matière première.
    Le mode de vie « végane » n’est pas accessible à tous… Bon, là je veux bien le croire que même si d’un point de vue économique ce serait possible, d’un point de vue pratique ça peut être plus compliqué. Mais que dire de l’écologie alors ? C’est aussi un mode de vie à repenser et ça n’est pas forcément accessible auprès de toutes les classes sociales ? Alors quoi ? On en parle plus ?
    « la lutte pour les intérêts des animaux ne doit pas se faire au détriment de ceux d’humain-e-s » –> Ben non !! Et ce n’est pas le cas, la plupart du temps ça va dans le même sens d’ailleurs. Pourquoi cela se ferait-il au détriment des humains ?
    « Tous les animaux ne finissent pas à l’abattoir » –> Ok ben toutes les femmes ne sont pas violées non plus. Mais ça ne suffit pas, il faut qu’aucune femme ne soit violée. Et qu’aucun animal ne finisse dans un abattoir.
    « Beaucoup de véganes ont tendance à minimiser le racisme, le sexisme, blablabla… » –> Ah oui ? Lesquels ? J’ai personnellement travaillé sur cette question et observé le contraire sur le terrain. CERTAINS véganes minimisent les autres oppressions, d’autres pas du tout… Donc ce beaucoup de véganes me parait un peu sorti du chapeau.
    « Il est souvent périlleux de demander aux véganes de réfléchir à leur propre racisme, sexisme, etc » –> ah bon ? Encore une fois ça sort d’où ? Moi j’ai trouvé ça beaucoup plus simple de parler de ces questions avec des personnes qui ont déjà compris la notion de spécisme et qui sont déjà prêtes à faire des efforts au quotidien pour renoncer à un privilège (manger des produits animaux). Encore une fois, certains véganes restent sexistes, homophobes etc, mais beaucoup d’autres font le lien entre le véganisme et les autres oppressions et se servent de leur véganisme comme d’une marche pour aller vers un monde plus juste et plus bienveillant, pas seulement envers les animaux mais aussi envers les humains qui les entourent.

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