Le véganisme ne mettra pas fin à la faim dans le monde

C’est pourtant un des arguments phares de la quasi-totalité des associations et de beaucoup d’individus qui promeuvent le véganisme comme idéologie politique.

Ce qui donne ce genre d’imagerie naïve :

L'élevage mère de tous les maux

Ou encore celle-ci : http://www.insolente-veggie.com/jeu-trouve-les-differences-entre-ces-deux-dessins/
Concrètement, il n’y a aucune différence entre ces deux dessins, « ignare » ou « informée », ça ne change rien à l’affaire, ces deux dessins sont aussi absurdes et ineptes l’un que l’autre (et oui, j’ai remarqué le lien dans mon lien qui est inqualifiable).

Quels sont les problèmes de ces images et de toutes celles du genre ?

  1. Une vision unidimensionnelle ou au moins partielle du problème

Image misérabiliste et raciste

Élevage et sous-alimentation (la très courte rubrique « En bref » contient les infos essentielles)
Pourquoi être végétarien : Solidarité nord-sud

Le fait que l’élevage gaspille des terres et des ressources est une chose. Je n’affirme en aucun cas que tout ce qui est déclaré dans ces articles est faux.
Mais rien ne garantit le fait que la diminution voire l’arrêt de la consommation de viande dans les pays Occidentaux mènerait forcément à l’accroissement des terres cultivables pour les pays et surtout pour les personnes concernées aujourd’hui par la faim.
Or, toutes ces campagnes laissent à penser le contraire en plus d’être particulièrement simplistes.

Il y a effectivement besoin de moins d’eau et de moins de terre pour cultiver les végétaux nécessaires à l’alimentation humaine mais s’arrêter à ça revient à faire l’impasse sur la fait que nous vivons dans un monde régi par le capitalisme libéral qui n’a que faire de la vie des individus humains ou non et c’est aussi vite oublier que l’augmentation de la consommation d’animaux est certes un problème majeur mais il n’est pas le seul, loin de là.
Les raisons provoquant la famine dans le monde sont multiples et loin d’être aussi simplistes que les divers articles ou images choc tendent à le faire croire. On peut ajouter à la hausse de la consommation d’animaux, le gaspillage, la destruction des terres cultivables et la disparition progressive des cultures vivrières (servant à nourrir en premier lieu les personnes qui cultivent les terres). Il convient aussi d’évoquer l’expansionnisme des pays occidentaux par le biais de multinationales : ces dernières accaparent des terres et mettent ainsi en péril la souveraineté alimentaire des pays du Sud. Voir ici : Émeutes de la faim de 2008 (article très court) et surtout Le Retour des émeutes de la faim (archive web), toujours en 2008 .

Dans un monde globalisé où rien ne régule les rapports de force entre États, ce sont les plus puissants, où se trouvent les capitaux, qui ont le plus à gagner à ces phénomènes d’accaparement, et qui décident comment les autres exploitent leurs ressources. Il manque une volonté politique commune pour changer les règles internationales qui aujourd’hui ne garantissent qu’une chose : la liberté des plus puissants de s’assurer les meilleurs retours sur investissement. Il faut que les citoyens aujourd’hui se saisissent de ces questions.

Source : « Accaparement des terres : demain, à qui appartiendra la planète ? » sur Basta !

Pour en revenir au sujet de base, le véganisme et encore moins le végétarisme n’empêcheront, à mon avis, la spéculation boursière sur les produits de première nécessité, comme c’est le cas actuellement et ils n’empêcheront donc en aucun cas – contrairement à ce que L214 affirme – une augmentation des cours mondiaux des denrées végétales.
Sauf si l’idée qui sous-tend cet argument est que la sur-production de denrées végétales va entraîner une baisse des prix à cause d’une trop forte course mondiale au prix le plus bas, au mépris des paysan-ne-s. Auquel cas, ça ne changera strictement rien à la situation actuelle. Mais j’ai peut-être raté une donnée et je prends explication ce qu’il me manque pour comprendre la logique de l’affirmation de « viande.info ».

De toute façon, rien ne dit que ces terres ne seraient pas réaffectées pour autre chose, toujours au profit des pays Occidentaux (bio-carburants, fibres textiles « écologiques » et autres monocultures telles que l’huile de palme ou de coco, le cacao, le tabac, etc.). Rien ne dit non plus que ces terres seraient redistribuées au profit des personnes aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire.

Voir les textes suivants pour vous faire une idée des ravages de l’appropriation des terres par les multinationales :  La course aux terres ne profite pas aux pays du Sud et
Accaparement des terres : demain, à qui appartiendra la planète ?

Arrête de jeter la moitié de ton assiette à la poubelle

Arrête de jeter la moitié de ton assiette à la poubelle

2. Racisme aka suprématie blanche et impérialisme occidental

 L’autre problème majeur de ce type de campagne est lié au fait que l’Occident en général est resté bloqué sur le préjugé selon lequel en Afrique, surtout en Afrique Subsaharienne, les noir-e-s sont tou-te-s pauvres, forcément mal nourri-e-s, devant évidemment marcher des heures pour se soigner et pour s’éduquer, etc. Des préjugés similaires existent concernant certains pays d’Asie. Et ce genre d’image repose sur ce genre de préjugé et contribue à l’amplifier.
Mais s’il est vrai que le continent africain est celui où l’on souffre le plus de famine dans le monde, ça ne veut pas dire que 100% des Africain-e-s sont miséreuse-x-ses. Il est temps de dépasser ces opinions préconçues.

Pire, ces campagnes instrumentalisent la misère pour faire passer un message qui lui même est erroné ou au moins partiel.

Et pour ne rien arranger, on en est encore à utiliser les corps des enfants et des racisé-e-s pour faire réagir et pleurer dans les chaumières.
Ce genre d’imagerie se positionne clairement dans deux phénomènes qui sont issus de l’imaginaire colonial :

  • les corps des noir-e-s et des racisé-e-s en général sont utilisés soit pour amuser, soit pour faire pitié, soit pour être sexualisés ;
  • le « white saviorism » (secourisme blanc) qui est un des avatars qui se prétend positif du racisme : dans ce cas précis, il s’agit d’exploiter le corps racisé que l’on place en position de vulnérabilité, de faiblesse, d’attente qu’on lui tende la main et que l’on suppose incapable de se « sauver » seul-e, de prendre les choses en main et de travailler à l’amélioration de sa propre existence pour valoriser l’occidental-e blanc-he qui se sentira pousser des ailes de super-héro-ïne qui sauvera par le contenu de son assiette des milliers de petits enfants. Ces côtés sont d’ailleurs renforcés par l’utilisation d’images d’enfants aux grands yeux tristes.

Pour approfondir le sujet du Poverty Porn, je vous invite à lire l’article « Corps noir: la chair à canon du white gaze « artistique » » de Mrs. Roots.

L’instrumentalisation des enfants pose d’ailleurs d’autres problèmes liés, entre autres choses, au fait qu’on ne s’embarrasse jamais de leur consentement et de leur avis sur l’utilisation de leur image pour ce genre de chose…

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Le véganisme ne sauve pas que la vie d’animaux. Cette enfant ira se coucher ce soir le ventre vide. Pourtant, ailleurs dans le monde, du bétail aura mangé 5Kg de céréales pour faire uniquement 350g de bœuf…

3. Un oubli d’importance

Il y reste une donnée que la totalité de ces campagnes omettent de prendre en compte alors qu’elle est d’une importance capitale dans le sujet qui nous concerne : la production annuelle mondiale est déjà capable de nourrir la totalité des individus peuplant cette planète et même plus.

La solution à ces problèmes de famine est donc plus à chercher dans les politiques mises en place et dans nos propres modes de consommations que dans le véganisme. Et ce même quand on est végane. On peut être un-e de ces véganes qui font des jolis visuels avec des enfants qui meurent de faim en Afrique à cause de la viande et gaspiller de la nourriture !

Actuellement, un tiers de la production alimentaire mondiale – soit assez de nourriture pour nourrir deux milliards de personnes pendant un an – est perdu ou gaspillé chaque année. Les Ministres de l’agriculture du G20 ont noté que les pertes énormes de nourriture et le gaspillage tout au long des chaînes de valeur alimentaires sont «un problème mondial d’une importance économique, environnementale et sociétale immense ».

Source : La FAO présente une nouvelle initiative pour réduire le gaspillage de nourriture

Pour aller plus loin, cet article explore une grande partie des facteurs menant à la famine : l’accès réduit aux denrées, guerres qui aggravent la vulnérabilité face à la faim, accès limité des femmes à l’éducation, politiques agricoles de l’Europe et aides alimentaires, prescriptions inadéquates du FMI : Le paradoxe de l’autosuffisance alimentaire mondiale: un milliard de personnes ont toujours faim
Ici, la problématique du gaspillage alimentaire dans le monde est détaillée : Pour nourrir le monde, réduisons nos pertes alimentaires
Le rôle de la spéculation dans la situation que connaît la Corne de l’Afrique expliqué ici : Quelles sont les causes de la crise alimentaire ?

4. Conclusion

Les raisons provoquant la faim de millions d’individus dans le monde sont plus ou moins directement dues au  capitalisme couplé à l’impérialisme. Et si l’on se préoccupe vraiment des personnes dans le monde qui meurent de faim ou de malnutrition, il est indispensable de prendre en compte ces problématiques.
Car le véganisme sans réflexion sur les ravages du capitalisme ne sert à rien dans la gestion des problèmes de faim dans le monde et n’aidera pas les poules ou encore les cochons qui sont aussi victimes du capitalisme libéral.

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5 réflexions sur “Le véganisme ne mettra pas fin à la faim dans le monde

  1. Comme toujours un article très intéressant. Comme à chaque fois le blanc occidental s’en prend plein les dents : à raison souvent, mais cette grille de lecture-ci ne doit elle pas être dépassée elle aussi ?! Du point de vue de notre véganisme (K&M) et quant à la pratique, oui le véganisme permet empiriquement de nourrir tout le monde, mais en effet, comme l’écrivait déjà Brian A. Dominick en 1995, on assisterait à une autre forme d’accaparement des ressources par les capitalistes néolibéraux et la misère donc ne se réglerait pas forcément si facilement. Cela dit, si donc le monde était vegan, resterait-il des gens mal-attentionnés porteurs encore de germes de condescendance raciste, fascisante, paternaliste, etc…. ? Bon, vous avez le mérite de mettre le doigt là où ça fait mal, et le défaut (c’est ma lecture, elle est peut-être erronée) d’y donner un air de généralité.
    Veganement,
    M.

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  2. Le véganisme ne réglerait pas tout les problèmes donc continuons à manger de la viande sans se poser de question? S’améliorer ce n’est pas devenir parfait donc arrêtons de s’améliorer puisque de toute façon ça ne sert à rien? Pourquoi tenter de détruire l’espoir qu’apporte le véganisme avec autant de volonté intellectuelle si ce n’est pas dans le but de se justifier dans ses habitudes alimentaires carnistes machinales et dépassées? Ou peut-être êtes vous vous-même végan, mais votre objectivité philosophique est tellement inébranlable que vous sentez le besoin de détruire le moindre petit énoncé discutable avec un texte 5 fois plus long. Rien n’est plus facile que de contredire un énoncé court. J’aurais mis autant d’ardeur philosophique si je jugeais la cause mauvaise. Mais ici on parle de la compassion des animaux et de l’amour de son voisin invisible moins nantie. C’est l’art de déceler la seule chose qui créer un doute philosophique sans tenir compte de tous les avantages qu’un peuple aurait d’attaquer une partie du problème à la source seulement en choisissant pacifiquement de consommer de façon plus réfléchie en adoptant un régime végétalien.

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    • Je crois que vous devriez relire l’article depuis le début. Ou plutôt, vous devriez le lire… Et mon conseil est aussi valable pour l’ensemble du blog.

      Ensuite, il ne s’agit en aucun cas de justifier la consommation de produits animaux. Où avez-vous lu une chose pareille ? J’ai tendance à reconnaître les erreurs que je fais mais pour le coup, je suis sûre de moi : ça vient de nulle part.
      Concrètement, si vous avez lu dans l’article que je justifie la consommation d’animaux, le problème vient de vous et de votre incapacité manifeste à sortir de la vision binaire et simpliste : critique = haine ou que sais-je d’autre.
      De même, il n’est indiqué nulle part que le véganisme ne réglera pas tous les problèmes. Le titre est pourtant clair à ce sujet. Sauf si vous estimez que la faim et la malnutrition soient tous les problèmes existant dans ce monde, auquel cas, nous ne vivons pas dans le même.

      Et puis, contrairement à vous, je ne perdrais jamais autant de temps et d’énergie à créer un blog, passer du temps à réfléchir à des textes, les rédiger et les corriger si je jugeais la cause « mauvaise ».

      Pour conclure, je dirais que ce qui est « machinal et dépassé », c’est de se ruer sur son clavier pour écrire un commentaire hargneux bourré de poncifs éculés et de réflexions plus qu’hasardeuses quand elles ne deviennent pas purement et simplement dogmatiques et dangereuses : « si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi ». Et vous osez parler de « pacifisme » avec une attitude pareille ?

      Que ça vous plaise ou non, tout n’est pas parfait dans la façon dont le véganisme est promu. Et critiquer la façon dont on parle du véganisme ne revient pas à rejeter le véganisme dans son ensemble, c’est pourtant de la logique élémentaire. Il y a des points à améliorer, des choses à redire, des critiques à apporte et souligner des défauts ne signifie en aucun cas que l’on doit tout rejeter en bloc.
      Tout ça pour dire qu’on ne peut s’améliorer si l’on ne fait jamais le point sur ses défauts et que l’on ne corrige pas ses erreurs.

      Au passage, c’est parce que je suis sûre et certaine que le véganisme est le meilleur choix que j’ai pu faire pour les vaches, les poules, les cochons, les singes, les lapins, les visons, et autres cobayes que je pense pouvoir me permettre de critiquer ce qu’il y a de critiquable dans le véganisme ou du moins dans la façon dont on cherche à le répandre sans sentir vaciller mes convictions et surtout sans avoir l’impression que je vais donner des raisons aux personnes qui mangent de la viande de continuer à le faire.

      Ce n’est pas ce blog qui mettrai le véganisme en danger, ce serait plutôt des gens qui refusent d’entendre toute critique qui se veut constructive, un peu comme ceux qui pensent que pointer les erreurs et les approximations revient à être incapable de voir ce qu’il peut y avoir de positif…

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  3. Autant je trouve qu’il est important de noter les problème de gaspillage (puisqu’on « perd » des calories lors de la transformation végétal->animal) et de répartition des ressources en terres, eau, nourriture…, autant je n’ose pas trop en parler avec les gens parce que j’ai toujours pensé que le problème de la faim dans le monde était bien complexe (problèmes de guerre, corruptions, liés au capitalisme…). Et ce billet confirme ça de façon très intéressante.
    Le véganisme est un bon élément mais ne serait pas suffisant bien sûr.

    Quant à l’utilisation par des Blanc.he.s de stéréotypes concernant les Africains, on est encore trop nombreux/ses à ne pas s’en rendre compte malheureusement.

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  4. Enfin un article dans ce sens ! Je suis assez d’accord : penser que les mécanismes macro-économiques vont tout à coup s’inventer une conscience humanitaire relève de la science fiction. Si effectivement nous devenons véganes et produisons des ressources végétales pour l’ensemble de la planète, (ce qui reste en partie à inventer à grande échelle sans les résidus de produits animaux) c’est pas pour autant qu’on va les distribuer gratos aux populations ! On leur fera fabriquer et nous fixerons les prix du marché, entre autres…Bon, il n’est pas interdit d’imaginer que les choses puissent changer un jour, mais penser qu’on va soudainement nourrir les pays pauvres par grandeur d’âme c’est n’importe quoi. Le véganisme est largement assez important pour les animaux et d’autres aspects du vivant, mais ce n’est pas un artefact magique qui peut être brandi pour effacer toutes nos tares 🙂

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