Le véganisme, c’est pas ce que vous croyez

Beaucoup de personnes voient le véganisme d’un mauvais œil et un certain nombre d’idées reçues circulent le concernant.

C’est souvent, me semble-t-il, dû au fait qu’un changement aussi radical dans la perception du monde et dans le mode de vie d’une ou de plusieurs personnes soulève interrogations, craintes et méfiance qui peuvent se comprendre dans une certaine mesure, tant l’idée selon laquelle il est normal, naturel et nécessaire de traiter les lapins, vaches, chiens, canards ou autres saumons soit comme des objets ou des outils, soit comme des denrées alimentaires quand ce n’est pas les deux.
De fait, il paraît extraordinaire voire subversif de considérer qu’un cheval, qu’une truite, qu’un singe ou qu’un cobaye soient des êtres vivants ayant une personnalité propre et la capacité de souffrir physiquement ET psychologiquement.

Malheureusement, il arrive que ces craintes se manifestent de façon hostile à l’égard des véganes par le biais de jugements négatifs servant à discréditer le véganisme en plus d’ignorer la portée politique de celui-ci. Cette dépolitisation du véganisme pour la faire passer pour une simple idéologie, mode, voire pour une pathologie empêche de se concentrer sur l’essentiel : le sort que l’on réserve aux espèces qui ne sont pas humaines.

Le but de cet article est de tenter de répondre au mieux aux objections courantes et fausses concernant le véganisme.

1· Ce n’est ni une mode, ni une lubie, ni un hobby

[Lubie : Idée extravagante, déraisonnable ou capricieuse, généralement soudaine et passagère.]
Source : http://www.cnrtl.fr/lexicographie/lubie

Il me semble de plus en plus fréquent de voir que le véganisme est vu comme étant un régime minceur comme un autre (bizarre, dangereux et futile), une sorte de caprice, voire une façon de se rendre intéressant-e.

Or, quand on est végane, c’est dans une grande partie des cas après avoir mûrement réfléchi à la question. C’est un engagement, une façon différente de voir notre propre place en tant qu’espèce se prétendant dominante et les relations entre nous et les autres espèces animales. C’est un questionnement constant sur les moyens de causer le moins de souffrance possible.

Et ce n’est pas un questionnement simple à avoir dans une société comme la nôtre où peu de place est laissée à la remise en question de la place des humain-e-s vis à vis des autres espèces. Et c’est encore plus compliqué quand des associations ou des individus qui prônent le véganisme le font en étant, par exemple, racistes et/ou sexistes, validistes (désigne les stigmatisations et les discriminations liées aux situations de handicap), classistes (relatif au mépris de classe) ou encore MOGAIphobe (Marginalized Orientations, Gender Alignements and Intersex : Orientations romantico-sexuelles marginalisées, Genres Non-Conformes et Intersexes), par ailleurs.

Pour autant, le véganisme n’est pas une religion ou une pratique religieuse vu qu’il n’y a ni divinité ou autre esprit, ni doctrine établie ou autre Parole Révélée, ni messie ou guide spirituel, etc. Et si nous devions et pouvions rendre des comptes, ça serait aux vaches, canards, oies, cochons, cerfs, dauphins, etc.
C’est donc avec notre conscience que nous devons nous accommoder.

Les animaux sont là AVEC nous et non pas POUR nous

Les animaux sont là AVEC nous et non pas POUR nous

2· Ce n’est pas sectaire

Le véganisme est souvent vu comme sectaire tant les idées défendues par les véganes dévient de la norme établie.

Quand on parle de secte de nos jours, c’est toujours avec cette définition en tête :

Péj. « Tout groupe idéologique clos qui suit un leader dissident de la doctrine générale et qui se caractérise par le fanatisme et l’intolérance de ses membres »
♦ (Avoir l’)esprit de secte. (Avoir l’)esprit étroit et fanatique, (montrer de l’)intolérance. Les économistes ont fait du mal en fesant [sic] supposer par leur esprit de secte (…), par leur ton d’inspiration, que tous ceux qui s’occupaient de semblables recherches, n’étaient que des rêveurs dont les théories (…) étaient inapplicables dans la pratique (Say, Écon. pol., 1832, p. 25).
Source : http://www.cnrtl.fr/definition/secte

Avec en plus les notions d’éloignement de la famille et des proches et une incapacité de penser par soi-même tant on a été manipulé-e par un affreux gourou.

Pourtant, il n’y a aucune homogénéité dans la façon de percevoir le véganisme.
Il n’y a pas non plus de « maître à penser », même s’il y a des véganes qui citent comme étant des références des personnes telles que Gary Yourofsky, Peter Singer, Gary Francione ou parfois David Olivier ou Brigitte Bardot (qui n’est même pas végétarienne pour information) en France.
Ces personnes sont loin, très loin de faire l’unanimité. Elles sont même pour la plupart fortement rejetées par les véganes qui n’oublient pas les oppressions inter-humaines que sont le racisme, le sexisme,  la MOGAIphobie, le validisme et le mépris de classe, contrairement à la quasi-totalité des personnes sus-citées.
Pour ce qui me concerne, je ne connais pas la totalité de ces personnes donc mon avis reste réservé pour ces individus.

Concernant le fanatisme et l’intolérance, ce n’est pas moi qui irait nier qu’il y a des véganes foncièrement dogmatiques, fermé-e-s d’esprit et dans le rejet de tout ce qui n’est pas précisément comme elleux. Il y a aussi des véganes racistes, misogynes, MOGAIphobes (Orientations romantico-sexuelles marginalisées, Genres Non-Conformes et Intersexes), classistes (relatif au mépris de classe : tout ce qui participe à la haine des pauvres). C’est ce dernier genre de véganes qui justifient la création de ce blog.
Seulement, si l’on peut clairement remettre leurs méthodes et parfois leurs discours en question, s’il y a énormément de critiques à apporter sur la façon dont est promu le véganisme par ces personnes, on ne peut étendre l’accusation de sectarisme ou du moins d’intolérance à la totalité des véganes et encore moins au véganisme dans son ensemble. Ça n’a pas de sens et pire encore si l’on ne sait pas vraiment à qui on s’adresse et quelle sont les positions de son interlocuteurice.

Pour le reste, nous ne sommes certainement pas poussé-e-s à nous éloigner de nos proches par quiconque. Enfin… Sauf si l’on tombe sur des véganes dogmatiques tels yourofsky qui sont capables de cracher à la figure des gens qui on des relations avec des carnistes.

Histoire de dissiper tout malentendu : Le terme carniste n’est pas péjoratif en soi. Il désigne seulement toute personne consommant de la viande animale. Le terme « omnivore » pouvant aussi s’appliquer aux végétarien-ne-s et aux végétalien-nes/véganes :

A. − [En parlant de l’homme ou de certains animaux] Qui se nourrit indifféremment d’aliments d’origine animale ou végétale.
Le porc est omnivore. Le blaireau (…) mourrait de faim réduit à la chair seule. Il est omnivore. Fruits, légumes, grains et chair, il mange de tout (Pesquidoux, Chez nous, 1921, p.87)

B. − Relatif à, conçu pour l’absorption d’aliments d’origine animale ou végétale.

Source : http://www.cnrtl.fr/lexicographie/omnivore

Mais dans la vraie vie des gens qui savent que vivre coupé-e de ses proches est difficile voire douloureux, beaucoup de véganes sont conscient-e-s et particulièrement soucieu-se-x du fait que les changements qu’entraînent le véganisme sont susceptibles d’être à l’origine de difficultés dans leurs rapports aux carnistes qui peuvent se montrer lourds voire méprisant-e-s envers elleux. Et c’est un problème fréquent : Il y a beaucoup de personnes qui ont sincèrement peur de voir leurs proches les mépriser voire les rejeter parce qu’elles sont devenues véganes.
Le problème vient essentiellement de cet espace relativement réduit entre intolérance d’un côté et rejet de l’autre, pas du véganisme. Ce n’est donc pas le véganisme en lui-même qui provoque un éloignement, mais les préjugés et le mépris parfois des carnistes envers les véganes ou les véganes qui oublient facilement qu’iels sont encore extrêmement minoritaires.

3· Ce n’est pas une maladie et encore moins une liste d’interdits alimentaires

Orthorexie, trouble du comportement alimentaire (TCA) sont des termes qui reviennent souvent pour qualifier le véganisme, surtout dans les médias et aussi les différents moyens de communication qui prônent une « alimentation saine et équilibrée », ce qui n’est pas le dessein du véganisme, de près ou de loin. Et ce positionnement pose de sérieux problèmes.

Pour commencer, en plus de réduire le véganisme à une simple question d’« interdits alimentaires » alors que ça va bien plus loin que ça, la pathologisation² du véganisme montre à quel point la politique végane n’est en aucun cas vue autrement que comme une déviance à soigner, une anomalie à arranger. Ceci pose de sérieux problèmes éthiques et en dit long sur les idées reçues concernant la prétendue nécessité de manger des produits issus de l’exploitation animale pour tout le monde.

[La pathologisation est le fait de faire passer un trait singulier ou un comportement sortant d’une certaine norme pour une maladie.]

De plus, cette pathologisation passe totalement sous silence les raisons politiques qui poussent les véganes à le devenir, et ça invisibilise les personnes souffrant de TCA (troubles du comportement alimentaire) qui sont végétaliennes. Il y a même des personnes qui gèrent mieux leur troubles du comportement alimentaire depuis qu’elles sont végétaliennes. Pour autant, ce n’est pas le cas pour toutes les personnes véganes ayant des TCA, faisons attention à ne pas penser les troubles comme étant toujours un ensemble homogène.

Le véganisme et même le végétalisme seul ne sont pas des maladies. C’est l’aboutissement d’une réflexion poussée sur des domaines tels que l’éthique, l’humanité, notre rapport au monde et aux espèces qui ne sont pas humaines.
Le véganisme n’est pas non plus un régime minceur ou autre. Le véganisme ne fait d’ailleurs pas forcément maigrir, contrairement à une idée reçue.

4· Ce n’est pas pour importuner autrui

Il arrive assez souvent que l’on se voie reprocher de gêner les carnistes* pour un certain nombre de raisons, la principale étant qu’il semble difficile de nourrir un-e végane que l’on inviterait à dîner alors même que sans aller jusqu’aux alternatives à la viande animale, il existe déjà des solutions simples dans l’alimentation carniste de base. Le beurre se remplace par de l’huile de préférence, la quasi-totalité des margarines contenant du lait ; le lait de vache peut être remplacé par du lait de soja ou de coco ou autre, pareil pour les crèmes ; les œufs s’enlèvent ou se remplacent facilement par de la purée, de la banane écrasée, de la compote, etc, selon que la recette soit salée ou sucrée.

Et un bon plat de légumes grillés, vapeur, sautés bien assaisonnés et accompagnant du riz ou des pâtes ou encore une bonne assiette de frites peuvent très bien faire l’affaire.

http://wiki.vegan.fr/les_alternatives

Remplacer les œufs en cuisine, c’est plus simple qu’il n’y paraît.
Source : http://wiki.vegan.fr/les_alternatives

Au-delà de la sempiternelle question de l’alimentation qui revient systématiquement sur la table, il y a aussi le fait que les véganes ont toujours l’air de donner des leçons ou presque d’un point de vue non-végane. Quoi que l’on dise. Si bien que l’on peut difficilement expliquer ce qu’est la lutte pour la libération animale sans passer pour un-e dangereu-se-x extrêmistes qui veut forcer tout le monde à devenir végane au mépris des goûts d’autrui !

Soyons honnêtes, nous voudrions évidemment que le monde entier soit végane, ou du moins, que toutes les personnes qui ont l’option d’être végane sans mettre leur survie en péril puissent le devenir. Et honnêtement toujours, il y a aussi des véganes impérialistes et bien évidemment valides qui se fichent pas mal qu’il y ait ou non la possibilité matérielle de devenir végane.

Et très sincèrement, j’estime que la question des goûts n’a pas lieu d’être dans un sujet pareil. On parle quand même de la vie d’individus !

Quoi qu’il en soit, être végane n’est pas un acte « anti-humain » comme j’ai déjà pu le lire. C’est une idée que je ne comprends d’ailleurs pas du tout. Une explication serait la bienvenue (je suis très sérieuse).
Une lutte « pour » un groupe dominé / opprimé n’entraîne pas automatiquement quoique ce soit « contre » le groupe dominant.

Il n’y a rien de personnel dans la lutte végane, de la même façon qu’il n’y a rien de personnel contre qui que ce soit qui ne nous attaque pas directement dans les luttes féministes, antiracistes, LGBTQIAGnC (Lesbienne, Gay, Bi, Trans, Queer, Asexuel, Genres non Conformes) ou encore intersectionnels, pro-droits des TdS ou anti-validisme.

5· Ce n’est pas dangereux

C’est très probablement l’idée reçue à l’origine de toutes celles traitées juste avant.

Le végétarisme passe encore, il semblerait qu’il est encore acceptable de ne pas « se priver » de produits laitiers pour le calcium et d’œufs pour je ne sais pas trop quoi.
Mais le végétalisme et donc le véganisme sont pratiquement toujours perçus comme étant dangereux pour la santé, surtout celle des enfants parce que :

  • Les protéines, il n’y en a que dans la viande (il paraît) ;
  • Les vitamines, il y en a dans les légumes et les fruits mais tout d’un coup, on risque d’en manquer en « ne mangeant que ça » avec des graines et des cailloux (ironie) ;
  • Le calcium, il n’y en a que dans le lait et le fromage (c’est la télé qui le dit, donc c’est vrai. D’ailleurs, les produits laitiers sont nos amis pour la vie, n’est-ce pas ?) ;
  • Le fer, il n’y en a que dans la viande rouge.

Prenons les choses dans l’ordre :
Les protéines sont des molécules (ensemble d’atomes) biologiques dont les activités peuvent être très variées.
Les protéines sont donc dans à peu près tout ce qui est organique, dans tout ce qui contient de l’ADN, en plus ou moins grande quantité.
Il y a donc des protéines végétales et des protéines animales qui sont différentes, s’absorbent différemment par l’organisme et n’apportent pas les mêmes choses (logique).

C’est tout ce que j’ai compris des définitions trouvées ici, et encore ici.

Maintenant que c’est posé et pour faire simple, les protéines végétales sont (à quelques exceptions près) des « protéines incomplètes » et on ne peut en aucun cas manquer de protéines si l’on fait des mélanges type : des céréales (le riz est une céréale, et il existe des mélanges tout faits en supermarché qui sont bons) avec des légumineuses (lentilles, haricots, pois) ou des graines ou fruits oléagineux (sésame, amandes, noix, graines de lin, olives, noix de cajou…) avec des légumineuses. Le soja et le quinoa ne nécessitent pas que l’on fasse ce type de mélange, vu que ce sont déjà des protéines complètes.
Autant dire qu’il y a de quoi faire !

Cette partie sur les protéines s’avère être fausse. Plus d’infos dans les commentaires. Suivez ce lien

L’image ci-dessous peut tout de même aider à trouver des idées d’associations sympas pour de bons petits plats. 😉

Des protéines complètes en toute simplicité.

Des protéines complètes en toute simplicité.

Concernant le manque de vitamines, le seul véritable risque est la carence en vitamine B12 (bien qu’il y ait des véganes pour affirmer que c’est faux aussi). C’est léger pour dire qu’on va manquer de vitamineS, non ?
La vitamine B12 ne se trouve effectivement que dans la viande animale puisque les animaux d’élevage sont tous supplémentés pour des raisons de rentabilité, pour favoriser la croissance dans les élevages, soit en leur donnant directement de la B12, soit de façon indirecte en leur donnant plutôt du cobalt, qui est un métal.

Et au passage, on ne se penche pas beaucoup sur les éventuelles carences en vitamines des personnes affirmant quasiment avec fierté détester les légumes…

Ceci étant dit, passons à la question du calcium.
Le calcium n’est pas présent que dans le lait, contrairement à ce que l’on entend partout. Les informations fiables sont très faciles à trouver à ce sujet.
Donc, hormis dans les produits laitiers, on trouve du calcium en plus ou moins grande quantité dans certaines eaux minérales, dans les graines oléagineuses (macadamia, noix, amandes…), les légumes verts (haricots verts, épinards et autres végétaux à grandes feuilles vertes) et dans beaucoup de fruits par exemple (oranges, mûres, pastèque, figue, dattes…).

Reste le fer, qui ne serait présent que dans la viande rouge.
Pour faire très simple, le fer animal est différent du fer végétal.

Effectivement,  il y a des personnes qui ont des difficultés voire une impossibilité à assimiler le fer végétal. Ces problèmes spécifiques sont donc incompatibles avec le végétalisme, notamment puisqu’ils rendent vital pour ces personnes de manger des animaux même s’il y a des personnes dans ce cas qui aimeraient vraiment avoir la possibilité de cesser de le faire. Ici, il s’agit complètement d’une question de vie ou de mort.

Mais au-delà de ce genre de problématique dont j’ignore la fréquence, on peut très bien se nourrir de fer végétal, de protéines végétales, de calcium sans lait, de vitamines B12 en gélules ou en ampoules, merci bien.

6· Ce n’est pas pour nous

Dernier point mais pas des moindres, on ne devient pas végane pour notre plaisir personnel, parce qu’on serait mieux que le reste du monde.
Normalement du moins, parce que des véganes qui ne se sentent plus, il y en a malheureusement quelques un-e-s…

Le principe du véganisme est penser que la prétendue supériorité humaine (qui n’est même pas si homogène en soi mais j’y reviendrai) sur les autres espèces animale est arbitraire, injustifiée et injustifiable, que nous ne sommes pas plus évolué-e-s qu’elles, seulement que nous avons suivi des chemins évolutifs différents. Et la différence n’implique aucune notion d’infériorité ou de supériorité en soi.

Dans les faits, nous sommes juges et partie dans l’affaire : Nous prenons nos capacités (que l’on pense) propres à l’humanité telles que la parole articulée, là où « les animaux » ne seraient capables que d’avoir un langage corporel, ou encore le rire et nous en faisons des « preuves » de la présomption de supériorité humaine (de certains humains surtout…).
Mais pourquoi le fait de voler ne serait pas une preuve de la supériorité des oiseaux sur nous qui sommes obligé-e-s de fabriquer de lourdes machines dangereuses et polluantes pour en faire de même ? C’est une question très sérieuse.
Même question pour le fait de pouvoir nager sur de très longues distances, celui de savoir tuer ses proies sans outil ou encore des capacités sensorielles plus larges que celles des humain-e-s.

Les capacités dont toute ou partie de l’humanité se vante sont aussi très souvent mélangées à des capacités singulières et exceptionnelles. C’est à dire que des exploits ou des actions considérées comme étant des exploits qui ont été exécutés par une personne ou par une poignée d’individus deviennent un exploit auquel l’humanité dans son ensemble a participé : Les Humains ont marché sur la Lune par exemple.
Et par un glissement particulièrement inquiétant, cette supériorité auto-proclamée nous donne un droit tout aussi arbitraire de vie ou de mort sur tout ce qui nous entoure.

Tuer n'est pas un sport

Tuer n’est pas un sport

C’est d’ailleurs un mécanisme similaire qui débute par la création de groupes différenciés sur des bases souvent discutables. Les groupes à l’origine de la fabrication de l’Autre se s’attribuent ensuite une prétendue supériorité vis à vis ce-tte même Autre, læ « différent-e », læ « déviant-e » à qui l’on trouve ou plutôt sur qui l’on projette des défauts spécifiques et montés de toute pièce pour justifier des droits différents et surtout moindres par rapport au groupe dominant.

[…]Les différences qu’on leur reproche sont entièrement construits par les groupes maîtres, de plusieurs façons. Elles sont construites idéologiquement par le fait de constituer l’une de leurs caractéristiques physiques ou de comportement non pas comme l’un des innombrables traits qui font que les individus sont des individus distincts les uns des autres, mais comme un marqueur définissant la frontière entre le supérieur et l’inférieur.

[…]

Les principes de division étant différents, les groupes dominés et dominantes constitués par un principe ne sont pas les mêmes que ceux constitués par un autre. Mais parce qu’il s’agit toujours de la même population de départ, et que chaque division est exhaustive, chaque groupe dominant et chaque groupe dominé par un principe est de nouveau disséqué par le deuxième puis par le troisième principe de division. Ceci aboutit à ce que chaque personne est nécessairement classée en femme ou homme, mais aussi nécessairement en non-Blanche ou Blanche, et nécessairement aussi en homosexuelle ou hétérosexuelle. Ainsi, on peut être dans le groupe dominé d’une division, dans le groupe dominant d’une autre et à nouveau dans le groupe dominé d’une troisième, comme on peut être dominé dans les trois divisions ou dominant dans les trois.

Source : Delphy Christine (2008). Classer, dominer. La Fabrique éditions.

Dans le pire des cas, ces catégorisations justifient la réduction au rang d’objet, d’outil voire les persécutions et l’extermination du groupe désigné comme « inférieur ».
C’est ainsi que sont nés le racisme basé sur la suprématie blanche, le sexisme basé sur le patriarcat, l’hétérocentrisme oppressant et discriminant toutes les orientations sexuelles sortant de l’hétérosexualité, le cissexisme qui oppresse et discrimine les trans, les intersexes, les non-binaires, les agenre et le classisme basé sur le mépris de classe et aussi, pour en revenir à notre sujet, la domination des humain-e-s (ou du moins d’une partie d’entre elleux) sur les espèces non-humaines.

C’est d’ailleurs à ça que je voulais venir plus tôt en évoquant la prétendue supériorité humaine : seule une certaine catégorie d’humains est véritablement au-dessus de l’ensemble des autres animaux : les hommes cis blancs valides et de préférence hétérosexuels et riches. Ce n’est pas forcément si simple pour ne pas dire que ça peut être tout à fait faux pour toute personne n’entrant pas dans cette catégorie restreinte.
Il y a par conséquent des espèces animales qui sont bien mieux traitées que bon nombre de catégories minorisées d’humain-e-s décrites plus haut.
C’est quelque chose que l’on oublie facilement et que beaucoup de véganes se plaisent à nier à force de vouloir mettre la totalité des espèces non-humaines et l’humanité toute entière dans des catégories binaires et figées : les humain-e-s d’un côté, la totalité des autres espèces animales de l’autre. Et ce, sans prendre en compte les différences de traitement et de vécu qui peuvent parfois n’avoir rien à voir les unes avec les autres, que ce soit au sein même de cette humanité qui n’est pas du tout un bloc figé ou entre les espèces de la catégorie « animaux ».

pawel-kuczynski
Pour aller plus loin, je vous invite à regarder la vidéo de la chaîne Dirty Biology, intitulée « Des races dans l’humanité ? » pour comprendre que les humains ont des différences parfois bien plus radicales qu’on ne le pense et auxquelles on ne pense jamais.

Tout ça pour dire que les capacités que l’on croit purement humaines (le rire, le langage, la peur, la peine, l’amour… Comme évoqué ici de façon assez succincte) peuvent aussi être partagées par d’autres espèces. Et quand bien même ça ne serait pas le cas, rien ne justifie l’asservissement et/ou le meurtre d’individus sur la base de différences objectives ou arbitraires.

Ce qui nous différencie des loutres, des taupes, des baleines et autres mantes religieuses par exemple ne doit pas servir de justification pour les dominer, les réifier (réduire au rang d’objet), les exploiter ou les détruire.

En somme, le véganisme est ou du moins devrait être une apologie de l’entraide voire de la protection, de la bienveillance et de la solidarité entre les humain-e-s et les autres espèces animales. C’est aussi une volonté de remettre l’humanité dans son ensemble à sa place : ni au-dessus, ni en-dessous des autres espèces animales.
Et ça ne peut se faire sans une lutte conjointe pour l’égalité de droit et d’usage entre tous les êtres humains. On ne peut être un-e végane efficace si l’on est raciste, misogyne, MOGAIphobe, validiste ou encore anti-pauvres.

Pour finir

Le regard de la société sur les luttes pour les droits des animaux doit changer, c’est une chose mais ce n’est pas tellement le plus important.
Ce qui doit changer en priorité, c’est notre regard sur nous-même, sur notre rapport aux cochons, aux vaches, aux dindes, aux chevaux, aux oies, aux loups, par exemple, que nous devons changer.

Nous devons remettre en question notre point de vue humain, systématiquement dans le rejet des autres espèces, et il nous faut remettre en cause l’idée commune que nous serions « supérieur-e-s » aux autres animaux.

Loin d’être un trouble, une mode, une religion ou une secte, le véganisme est une lutte politique, une volonté forte de respecter tous les êtres vivants, de mettre fin aux violences envers les baleines, les ours, les taureaux, les truies, les oies, etc.

Le véganisme, c’est une extension de l’empathie dirigée vers les espèces que l’on ne prend pas l’habitude de considérer comme des êtres ayant des intérêts propres, en priorité celui de vivre et d’être libres.

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12 réflexions sur “Le véganisme, c’est pas ce que vous croyez

  1. Très bon billet.

    Juste une chose par rapport à ta 5ème partie : il est reconnu depuis des années maintenant qu’il n’y a en fait pas besoin d’associer céréales et légumineuses au cours d’un même repas pour avoir son taf de protéines, mais c’est une ancienne recommandation qui circule toujours. Pas besoin de se compliquer la vie en tout cas (même si ça aurait pas été insurmontable du tout) ! 🙂
    Une source parmi d’autres : http://www.vegetarisme.fr/comment-devenir-vegetarien/alimentation-equilibree/

    Aimé par 2 people

      • Je confirme, la théorie de combinaison des protéines était fausse et est actuellement invalidée par le corps scientifique. Disons que ça partait d’une bonne intention (prouver qu’on pouvait se passer de protéines animales) mais avec un biais d’omnivore-carniste ( les seules protéines assimilables par le corps en elle-meme sont par défaut animales, ce qui est bien évidemment faux). De fait, nous savons maintenant qu’il n’y a pas de proteines complètes ou incomplètes et que le corps lui ne distingue pas spécialement l’origine d’une proteine quand elle arrive comme nutriment. (Notre corps est protein-blind XD).
        Par contre ce qui est exact, c’est que dans les produits végétaux, les protéines sont de manière générale de « moins bonne qualité  » dans le sens où: 1) elles ne comprennent pas forcément tous les 9 acides aminés essentiels qur le corps humain ne peut pas synthetiser lui-même
        2) pas en assez grande quantité à masse égale pour les besoins du corps.

        Or ces deux points peuvent être contourné :
        1) il suffit de manger des proteines vegetales différentes tout au long de la journée ! Le corps n’a pas besoin de tout avoir en un repas, et en vérité même pas sur 24h pile poil, car nos corps ne sont pas des machines comptables à la minute près… de plus la plupart des repas et menus comportent déjà diverses sources de proteines. La diversification alimentaire est donc primordiale.
        2) il suffit de manger plus , tout simplement.

        Ainsi rien de bien compliqué à mettre en place….

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  2. Je suis globalement d’accord avec toi. Après… il faut voir qu’il y a des vegans qui jugent les autres, critiquent les « carnistes » et passent leur temps à véhiculer une sale image d’eux-mêmes, et par extension de leur régime alimentaire… Et d’autre part, les TCA et les régimes végétariens sont, malheureusement aussi, intimement liés. Si la plupart des végétariens ne souffrent pas de TCA, la réciproque n’est pas toujours vraie. C’est à dire que beaucoup de personnes qui souffrent de TCA peuvent faire le choix du végétarisme. Du coup, là aussi on voit parfois des confusions pour les non-initiés. C’est dommage, mais finalement c’est normal que les gens aient de fausses idées sur un régime qui reste marginal, même s’il se diffuse et tend à être mieux connu et mieux compris ces dernières années. 🙂 A noter aussi que malheureusement (encore) pour certains c’est une mode de se dire vegan. Tu n’as qu’à regarder ceux qui se disent « piscivore » ou « pesco-végétarien » au lieu de dire simplement qu’ils ne mangent pas de viande, et guetter les photos avec le hashtag #vegan sur Instagram… certains n’hésitent pas à poster une photo de salade avec de l’oeuf comme étant vegan… si c’est pas pour profiter de la mode ça… :-/

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  3. Juste une remarque par rapport au carnisme: ce n’est pas seulement le fait de manger de la viande. C’est aussi une idéologie violente et « invisible » au même titre que le patriarcat. Mélanie Joy, dans « introduction au carnisme », en parle très bien.

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