[Dossier] De la comparaison entre élevage et esclavage – 3

Voici la dernière partie du sujet portant sur la comparaison entre élevage et esclavage. Les deux premières parties sont ici et .

Partie 3

Un exemple concret des effets néfastes de la comparaison entre élevage et esclavage :
L’affiche des Cahier Antispécistes : « Ceux qui s’opposèrent à l’esclavage au XIXè siècle sont ceux qui cessent de manger de la viande aujourd’hui ».

Cette affiche date « un peu » (1993, ça date en effet !…) et n’est plus en vente mais apparaît tout de même toujours sur leur site. Elle mérite donc que l’on s’y attarde.

Affiche Opposition Esclavage et Viande

En bas de l’affiche et en tout petit, il est écrit ceci :

« Le jour viendra peut-être où le reste de la création animale obtiendra ces droits que seule la main de la tyrannie a pu lui refuser. Les Français ont déjà découvert que la noirceur de la peau n’est en rien une raison pour qu’un être humain soit abandonné sans recours aux caprices d’un bourreau. On reconnaîtra peut-être un jour que le nombre de pattes, la pilosité de la peau ou la façon dont se termine le sacrum sont des raison tout aussi insuffisantes pour abandonner un être sensible au même sort. Et quel autre critère devrait-on prendre pour tracer la ligne infranchissable ? Est-ce la faculté de raisonner, ou peut-être la faculté de discourir ? Mais un cheval ou un chien adultes sont incomparablement plus rationnels et aussi ont plus de conversation qu’un nourrisson d’un jour, d’une semaine ou même d’un mois.
Et s’il en était autrement, qu’est-ce que cela changerait ? La question n’est pas : « Peuvent-il raisonner », ni : « Peuvent-ils parler » mais : « Peuvent-ils souffrir ? ». »
Jeremy Bentham (1748 – 1832)

L’accroche

Pour parler de ce qui ne va pas dans ce message, commençons par la phrase d’accroche : « Ceux qui s’opposèrent à l’esclavage au XIXè siècle sont ceux qui cessent de manger de la viande aujourd’hui ».

Il y a trois problèmes majeurs dans cette façon de présenter les choses :

Premièrement, le temps grammatical utilisé laisse à penser qu’il y a une continuité logique entre le fait de s’opposer à l’esclavage et celui de manger de la viande. Mais dans la logique des choses présentées ainsi, les personnes qui se sont opposées à l’esclavage au XIXè siècle devraient avoir aussi été (au minimum) végétariennes. Mais ces personnes (qu’elles soient blanches ou noires) l’étaient-elles ? Rien ne l’indique, tout comme rien n’indique le contraire. C’est un sacré raccourci que de poser une telle affirmation sans laisser sciemment de côté la cohérence  (je l’espère du moins…) pour le plaisir du slogan percutant.

Second problème majeur, elle invisibilise les luttes des noir-e-s elleux-mêmes pour la fin de l’esclavage en plus de les infantiliser. N’oublions pas que les premières personnes qui étaient contre l’esclavage étaient évidemment les esclaves elleux-mêmes !
Les esclaves se sont libérés tout seuls !
Si l’on prend l’exemple emblématique d’Haïti, ce sont les (ancien-ne-s) esclaves elleux-mêmes qui ont chassé leurs bourreaux, qui les ont combattus et qui ont obtenu leur indépendance (non sans souffrances et avec une vengeance de la part de la France que la première nation noire du monde paye encore aujourd’hui : Haïti serait un pays riche si elle n’avait pas été pillée par la France. Mais c’est une autre histoire).

A-t-on jamais entendu parler en cours d’Histoire de Harriet Tubman ou de Sojourner Truth ? De Mary Prince ? De Solitude et de Louis Delgrès ? De Dédée Bazile, de Catherine Flon et de Sanité Belair ? De Toussaint Louverture, de Jean-Jacques Dessalines (Qui est d’ailleurs le père de Catherine Flon) ? ou encore de Cécile Fatiman et de Dutty Boukman ?
Les personnes responsables de cette affiche savent-elles au moins qui sont des héro-ïne-s noir-e-s des luttes pour l’abolition de l’esclavage ou veulent-elles seulement adopter une certaine posture sans même savoir de quoi elles parlent ?

Bannière-héroïnes-abolitionistes

De plus, cette affiche laisse à penser que l’abolition de l’esclavage a été une fin en soi pour les affranchi-e-s. Elle sous-entend que l’abolition de l’esclavage s’est automatiquement traduite de façon plus ou moins immédiate par une vie meilleure pour les ancien-ne-s esclaves. J’y reviendrai lors de mon développement concernant la citation de Bentham.

Enfin, la phrase d’accroche permet de se dédouaner, de se persuader que l’on est des gens chouettes, que : « c’est pas moi l@ méchant-e », « moi j’aurais pas été esclavagiste ! » et autres : « Moi, j’aurais été du bon côté, comme la personne morale, juste et altruiste que je prétends être ! ».
Tout ceci relève d’une pensée binaire et manichéiste, qui oublie que les abolitionnistes blancs de l’esclavage étaient quand même racistes et qui ont aboli l’esclavage en se fichant de l’intérêt des noir-e-s (ce ne sont pas les esclavagistes qui auraient été indemnisés sinon…), mais pas du leur.

« Être végane te rend simplement meilleur que la plupart des gens » HAHA ! Nope ! è_é

« Être végane te rend simplement meilleur que la plupart des gens » HAHA ! Nope ! è_é

La citation

« Le jour viendra peut-être où le reste de la création animale obtiendra ces droits que seule la main de la tyrannie a pu lui refuser. Les Français ont déjà découvert que la noirceur de la peau n’est en rien une raison pour qu’un être humain soit abandonné sans recours aux caprices d’un bourreau. On reconnaîtra peut-être un jour que le nombre de pattes, la pilosité de la peau ou la façon dont se termine le sacrum sont des raison tout aussi insuffisantes pour abandonner un être sensible au même sort. Et quel autre critère devrait-on prendre pour tracer la ligne infranchissable ? Est-ce la faculté de raisonner, ou peut-être la faculté de discourir ? Mais un cheval ou un chien adultes sont incomparablement plus rationnels et aussi ont plus de conversation qu’un nourrisson d’un jour, d’une semaine ou même d’un mois.
Et s’il en était autrement, qu’est-ce que cela changerait ? La question n’est pas : « Peuvent-il raisonner », ni : « Peuvent-ils parler » mais : « Peuvent-ils souffrir ? ». »

Comme souligné précédemment, cette citation laisse à penser que les esclaves tout juste libéré-e-s ont par la même occasion obtenu des droits égaux à ceux de leurs anciens maîtres, que la libération s’est traduite par une vie meilleure. Or, dans les faits, quand l’abolition a enfin été effective dans les « colonies » françaises (plusieurs mois voire plus après la proclamation de l’abolition ; Twitter n’existait pas encore…), les anciens esclaves se sont retrouvés sans ressources, sans toit, sans rien, alors que – je le rappelle – leurs anciens maîtres/futurs employeurs avaient reçu de belles indemnisations de la part de l’État, les pauvres, ils perdaient tant (ironie, cynisme) !
D’ailleurs, concernant la France, l’organisation sociale dans les DOM-TOM est (à quelques exceptions près) demeurée inchangée depuis. Avec les descendants directs de colons et les blanc-he-s importé-e-s depuis la métropole en haut de l’échelle sociale et les noir-e-s à ses pieds.

Au fait, l’abolition de l’esclavage n’a pas mis fin au racisme, loin de là !

On peut aussi parler de la comparaison avec les nourrisson qui n’a rien à faire là ! Et quand on sait que jusqu’à très récemment, on opérait ces mêmes nourrisson sans se donner la peine de les anesthésier parce qu’on partait du principe qu’ils ne souffraient pas (alors que c’est l’état de choc dû à l’atroce souffrance qu’ils subissaient qui les maintenait immobiles), c’est un peu fort de café de sous-entendre qu’on les respectait plus que les chiens et les chevaux parce qu’ils appartiennent à l’espèce humaine !
Si le fait d’appartenir à l’espèce humaine était la condition sine qua non pour obtenir le respect qui nous est dû en tant qu’individu, ça se saurait !

Enfin, cette affiche se situe dans un processus de culpabilisation des personnes qui mangent de la viande. Pire encore, elle met potentiellement dans le même sac des personnes descendantes d’esclaves et les esclavagistes de leurs ailleules et ailleux.
Et même s’ils sont dans le déni à ce sujet (voir article « polémique autour d’une affiche »), la mauvaise foi et l’ineptie de leur réponse n’efface en rien ce qui ressort de leur communication.

Je disais donc qu’il y a quelque chose de culpabilisant et de condescendant dans le propos de l’affiche. Que l’on les croie ou pas quand il prétendent ne pas comparer les personnes mangeant de la viande aux esclavagistes mais uniquement aux personnes passives face à l’esclavage – comme s’il y avait une position neutre en la matière ! – le résultat reste le même. On accuse les « viandistes » de quelque chose de grave, de criminel.
Et c’est prendre particulièrement les gens pour des imbéciles que de prétendre que ça n’en fait pas des « méchants », qu’eux ne « diabolisent » pas les esclavagistes, qu’ils ne les voient pas comme des « méchants » mais « seulement » des gens qui faisaient « comme tout le monde ». Tout ceci est d’un simplisme, d’un manichéisme et d’une puérilité effarantes. Entre culpabiliser et « démoniser », il y a quand même une marge !
C’est aussi une position (faussement ?) naïve sur ce que fut l’esclavage. Il n’y avait pas de « passivité », ni même de neutralité face à l’esclavage, uniquement de la complaisance voire de la complicité quand on n’était pas totalement partie prenante. En fait, plus qu’une position naïve, il s’agit d’une position qui repose sur une totale ignorance et des fantasmes sur ce que fut l’esclavage.

Donc, partir du principe que les personnes qui mangent de la viande sont assimilables aux complices blancs de l’esclavage est au moins insultant, quand ça n’est pas tout à fait raciste : je le disais tantôt, ça inclut aussi les descendant-e-s d’esclaves dans la masse de complices virtuels de l’esclavage.
Et je vois d’ici les appels à cette mode qui a cours parmi les relativistes et autres négationnistes de l’esclavage affirmant que les principaux voire les seuls responsables de l’esclavage des noir-e-s sont les Arabes et d’autres noir-e-s… Ce serait un appel qui révélerait bien des aspects racistes de cette comparaison et des personnes qui en usent. Dédouaner la France de sa responsabilité vis-à-vis des crimes qu’elle a commis dans son histoire est un sport national !

Il n’en reste pas moins que concernant les personnes ayant la décence de ne pas faire cette accusation on ne peut plus douteuse, c’est un rapprochement qui cache une absence de réflexion quant à la portée des mises en parallèle effectués dans un cas comme ceux de l’affiche étudiée ici.

Une défense biaisée

Même si en tant qu’humain-e-s, nous sommes dominants vis-à-vis des animaux, nous ne devons pas oublier qu’il y a des rapports de dominations violents chez les humains. Et clairement, dans cette affiche et dans le texte qui répond aux accusations qui lui sont faites, ces dominations se répètent. Certains textes des Cahiers Antispécistes sont l’exemple typique du Véganisme Blanc ne prenant pas en compte (ou en prétendant le faire mais sans avoir la moindre once de réflexion politique à ce sujet) ces rapports de domination que nous tenons à dénoncer dans ce blog. Et ce texte, dans son simplisme et la légerté avec laquelle il traite de son sujet en est une éclatante démonstration.
Ajoutons aussi à tout ceci :

  1.  La mauvaise foi d’abord, parce qu’à moins de n’avoir jamais fréquenté d’autres êtres humain-e-s, il est difficile de na pas voir que la comparaison avec un esclavagiste va être mal pris par toute personne un tant soit peu sensible, ou en tout cas, possédant un minimum d’amour-propre ;
  2.  Les procès d’intention :

    « Une affiche qui dirait « ceux qui luttèrent contre l’esclavage… sont ceux qui luttent aujourd’hui contre le sexisme (ou le racisme) », ou qui dirait « ceux qui luttèrent contre l’esclavage… sont ceux qui boycottent aujourd’hui les produits de l’Apartheid » vous aurait-elle choqué ? L’auriez-vous trouvée moralisante ?  
    Évidemment, non. Deux poids, deux mesures. Pourtant, en quoi ces affiches différeraient-elles de celle que nous défendons ? »

    Pour ce qui me concerne, je trouve la comparaison malhonnête. Bien sûr que les phrases données en exemple sont aussi nulles que celles de l’affiche ! Évidemment que ça reste moralisateur ! D’où ça sort pour commencer ?  À quoi bon faire ces comparaisons ineptes ?

Et qu'en est-il des noir-e-s ?…

Et qu’en est-il des noir-e-s ?…

Naïveté et absence de réflexion politique

Il y a quelque chose qui me heurte en tant que personne luttant pour la justice sociale : cette façon de minimiser ce que sont les oppressions en les réduisant à des « idées avec lesquelles nous sommes en désaccord ».

Il ne s’agit pas de « ne pas être d’accord » avec le racisme, le sexisme, les MOGAIphobies ou encore le validisme, on n’est « pas d’accord » avec un choix de couleur de papier peint, ou encore pour le prénom que l’on donne à ses enfants ou à son chien.

Ici, il s’agit de mettre un terme à des oppressions parfois meurtrières, souvent délétères et blessantes, toujours violentes. Quand on est directement concerné-e par le racisme, le sexisme, les MOGAIphobies, le validisme, l’âgisme et le mépris de classe, séparément ou en combinaison, on n’est pas en position de « ne pas être d’accord » mais en position de devoir se défendre, de répliquer à une violence et même parfois de devoir trouver un moyen de survie. On n’est jamais seulement en désaccord avec une gifle ou un coup de poing dans la figure, c’est « un peu » plus profond et grave que ça…

Avec ce genre de façon de voir les choses, on en vient à des inepties dépolitisées du type : « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous puissiez le dire » jamais accompagné d’espaces de parole suffisants pour les personnes touchées par des propos discriminants et oppressifs, bien au contraire. Il s’agit souvent de museler les voix discordantes mettant en exergue tout ce qui ne va pas dans uns société ou dans les actes et propos individuels. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé très récemment, aux alentours de janvier 2015 plus précisément…
Toutes les oppressions ont des conséquences concrètes sur les personnes qui les subissent. Les mots ont un sens et ils sont importants. Les mots peuvent être utilisés comme des armes et l’on doit pouvoir se défendre et répliquer contre eux avec d’autres mots ou avec d’autres moyens s’il le faut.

Merci pour ton opinion

Merci pour ton opinion

Un propos hors de toute réalité

Enfin, un mot sur ceci qui conclut leur texte de défense :

À propos du mépris et de la violence auxquels nous sommes confrontés :
Le mouvement féministe fait un peu moins rire qu’autrefois, du moins dans certains milieux, mais il a dix ans de luttes intensives derrière lui (les années 1970), dix ans de luttes incessantes, de quolibets, de mille et une agressions. Le mouvement de libération animale en est toujours au stade du ridicule et de l’agression, et en a sans doute pour bien dix ans devant lui : sourires de connivence, ricanements, blagues épaisses et rires gras, dans le meilleur des cas.
Mais il y a un autre mépris et une autre violence encore que nous subissons : on déclare à tout va que nos propos sont imbéciles et dangereux, sans avoir jamais cherché à les connaître, sans vouloir lire non plus ce que nous écrivons. Nous sommes effectivement ressentis comme dangereux par ceux dont nous mettons les intérêts en danger : ces intérêts de domination des humains envers les animaux, ces privilèges d’humains à être bien traités qui seraient perdus, en tant que privilèges, en les étendant à d’autres.

… et la végéphobie

… et par les personnes qui critiquent leurs inepties

Rares sont les milieux où le féminisme ne fait plus rire et où les féministes ne risquent pas – au minimum – des sarcasmes, des postures défensives parfois violentes ou pire : les menaces de morts étant légion à cause au relatif anonymat dont l’on croit jouir sur Internet… Pour être tout à fait honnête, il n’y a que parmi les féministes que le féminisme est pris au sérieux (sauf quand il s’agit d’instrumentaliser voire de détourner cette cause à des fins réactionnaires…).
Du coup, croire que les luttes féministes ont dix ans d’avance sur la lutte pour la libération animal est faux., tout comme il est faux ET dangereux de faire croire que l’on risque moins en étant féministe qu’en étant militant-e pour la libération animale.

Enfin, s’il y a dans les Cahiers Antispécistes des propos imbéciles et dangereux (mais ne me faites pas dire ce que je ne dis pas : tout n’est pas à jeter dans ce site) c’est aussi et justement parce qu’il n’y a aucune (ou presque) véritable prise en compte du fait des les humains ne jouissent pas tous des mêmes privilèges selon des critères liés à l’âge, au genre, à la race, à la religion, à la validité physique et mentale, à la classe sociale, etc.

Conclusion

Les personnes ayant commis cette affiche et l’article qui le défend n’ont donc visiblement pas réfléchi une seule seconde aux message véhiculés par celle-ci. Ce qu’ils admettent par ailleurs, en brandissant le fait qu’ils n’ont pas cherché une seule seconde à se mettre à la place d’autrui. Ce n’est pas dit exactement de cette façon mais c’est ce qui ressort.

Contrairement à ce qu’iels prétendent, cette affiche n’était pas un lien entre la lutte contre le spécisme et les autres luttes sociales et politiques mais une instrumentalisation des celles-ci et plus particulièrement d’un élément historique méconnu, cible d’un négationnisme forcené, d’une minimisation constante de ses effets et de ses conséquences dans une immense entreprise de relativisme génocidaire accompagnée d’une volonté totale de dédouaner ses véritables responsables en chargeant encore et toujours les mêmes populations. Populations dont les rôles étaient d’une importance toute relative en regard de celui joué par les puissances coloniales que furent la plupart des pays d’Europe Occidentale. Le parallèle fait dans l’affiche est de fait déplacé, abusif, dénué de toute forme de pertinence ainsi que de toute forme de mise en perspective.

Aucune comparaison ne devrait être faite de façon légère, sans véritable réflexion quant à ses implications, ses limites et surtout, sans un minimum de maîtrise dans le ou les sujets impliqués.
Enfin, être concerné par tel ou tel sujet (racisme, sexisme, antisémitisme, validisme, mépris de classe, MOGAIphobies…) reste le meilleur moyen d’aborder les problématiques évoquées sans commettre des maladresses (dans le meilleur des cas) ou pire encore.

Et que les choses soient claires : « être concerné-e » n’est pas du tout la même chose que « se sentir concerné ».

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6 réflexions sur “[Dossier] De la comparaison entre élevage et esclavage – 3

  1. Très intéressant encore !
    En tant que blanche, je ne me rendais absolument pas compte de tout ce que pouvait remuer une telle affiche. Je l’aurais simplement interprétée comme elle est décrite par ses auteurs, en tout cas comme une mise en parallèle de deux oppressions et un appel à ne pas cautionner une oppression manifeste.
    Il me manque les connaissances et surtout l’expérience pour voir moi-même d’emblée tout ce qui pose problème.
    Mais je reconnais par ailleurs le fait que les féministes sont toujours constamment raillées et agressées; et je savais que les bébés étaient opérés sans anesthésie il n’y a pas si longtemps. Pourtant le texte dont tu parles ne m’avait pas fait tilté plus que ça !

    En ce qui concerne les Cahiers antispécistes, il y a du très bon dans leur production mais un de leurs fondateurs David Olivier est plutôt connu pour le fait qu’il refuse de prendre en compte les remarques de la part de femmes et/ou de personnes de couleur par rapport à ce qu’il dit et écrit – ce qui est un très gros problème !
    Et il y avait eu le même genre de débat concernant un article de Dominic Hofbauer
    https://vegeweb.org/oui-christiane-taubira-est-un-singe-et-moi-aussi-t17773.html?hilit=dominic

    Aimé par 1 personne

  2. Bonjour,

    J’ai beaucoup apprécié cette série d’articles et, si vous le voulez bien, j’ai quelques réflexions / questions à vous proposer:

    Tout d’abord, dans la partie 1 du dossier, est-ce que la distinction entre « être utile de son vivant » et « être utile après sa mort » pour définir ce que sont des conditions d’esclave n’est pas arbitraire ?
    Que le « potentiel » économique d’un animal non-humain que l’on tue ne fait que « s’actualiser » au moment de sa mort ne me semble pas pertinent. Si un esclavagiste trouvait son seul intérêt dans la mort de personnes après une certaine durée de vie, ces personnes n’en seraient pas moins esclaves pour autant il me semble, même si elles n’étaient pas exploitées de leur vivant.
    Par contre, je partage avec vous votre réflexion quant au fait de dire que la spécificité de l’esclavage par rapport à l’élevage, c’est l’aliénation absolue qui s’effectue en parallèle de l’exploitation.
    Vous en avez parlé dans la deuxième partie: « [Une population noire] […] subissant les violences arbitraires, les humiliations et la haine. Sans omettre le lavage des cerveaux, l’effacement des identités culturelles et la stigmatisation distillée, inculquée, rabâchée. »

    Selon vous, peut-on alors dire que, du point de vue de l’exploitation, la différence entre un animal non-humain et une personne noire est est la conscience qu’ils ont de leurs statuts et les souffrances qui y sont liées ?
    Tout comme cela me semble être le cas pour les comparaisons qui sont faites pour les viols ou les génocides ?

    Et si tel est bien le cas, comment comprendre alors le terme de « condition d’esclave » pour quelqu’un qui ne serait pas esclave ? Et est-il vraiment justifié d’utiliser ce terme pour les poules « pondeuses » et les vaches « laitières » (voir même pour les petit-e-s Philippin-ne-s de l’article auquel vous vous référez) ?

    Finalement, je comprend tout à fait que l’on ne puisse pas faire des comparaisons au niveau de l’importance entre la traite des noir-e-s organisée par les européen-ne-s et l’utilisation d’esclaves au Moyen-Orient car il n’y a pas de société ou de pays orientaux dont la grandeur serait fondée là-dessus.

    Par contre, quand vous dites « Et justement, ces personnes ont été utilisées pour construire la « grandeur » même de pays comme la France. Pour ce que j’en sais, ce n’est pas vraiment le cas de l’élevage. », vous semblez minimiser le problème.
    Actuellement, l’élevage est aussi institutionnalisé que l’était la traite des noir-e-s. Qu’il « profite » à l’ensemble des pays du monde (ainsi qu’à l’immense majorité de leurs populations) mais ne donne aucun avantage de « grandeur » à un pays par rapport à un autre ne permet en rien de conclure sur l’ampleur du problème.
    Mais c’est évidemment quelque chose dont je suis prêt à discuter.

    Dans tous les cas, je me réjouis de lire vos prochains articles et attend avec impatience celui qui traitera des comparaisons entre racisme, sexisme et spécisme comme n’étant pas justifiées.

    Salutations.

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    • Bonjour,
      Merci pour votre retour et vos remarque et désolée pour ma réponse tardive.
      Pour ce qui me concerne, j’ai tendance à me dire que sans exploitation, politique de terreur et mauvais traitements et aliénation, il n’y a pas d’esclavage. Du coup, un-e tortionnaire qui trouverait son intérêt dans la mort d’un individu après une certaine durée de vie ne serait pas esclavagiste à mon sens s’il n’y a aucune forme d’exploitation durant la vie de la victime et cette victime ne serait pas esclave mais marchandise. Et tout cas, à mon sens.
      Mais c’est ue réflexion sur laquelle je vais me pencher plus en profondeur.

      Selon vous, peut-on alors dire que, du point de vue de l’exploitation, la différence entre un animal non-humain et une personne noire est est la conscience qu’ils ont de leurs statuts et les souffrances qui y sont liées ?
      Tout comme cela me semble être le cas pour les comparaisons qui sont faites pour les viols ou les génocides ?
      Il y a de ça.
      Concernant le terme « condition d’esclaves », je me vois difficilement répondre à la place de Many mais concernant les poules et les vaches, c’est la notion de force de travail exploitée sans répis ou presque qui justifie l’usage de « condition d’esclave » car les situations comportent tout de même des points communs sur ce point essentiellement ainsi que sur le fait que c’est ce travail forcé qui permet un certain enrichissement d’individus, d’entreprises, d’états. Le parallèle s’arrête plus ou moins là.
      Mais pour ce qui me concerne, je préfère encore le terme « exploité-e » à celui de « vivant sous des conditions d’esclaves » qui me semble à moi aussi – après réflexion – relativement confus, si l’on veut parler des animaux.
      Enfin, je suis navrée de sembler minimiser le problème que pose l’élevage mais ce n’éait en aucun cas mon intention. J’ai dû mal formuler ma pensée, ça prête effectivement à confusion. D’autant plus que l’élevage est un des instruments du néo-colonialisme et sert quelque part aussi à asseoir la puissance des pays d’Occident dans une mesure différente mais non pas moindre que l’esclavage. J’y reviendrai probablement dans un autre article si je réussis à trouver suffisamment de ressources pour le faire.
      J’espère avoir répondu à vos questions. Merci pour vos encouragements.
      Cordialement,
      ABV pour T-Punch Insurrectionnel.

      J'aime

  3. Merci pour vos articles, toujours passionnants. Ça apporte vraiment quelque chose de politique, et de nécessaire au mouvement végane, ou antispéciste (même si je ne suis pas fan de ce terme).

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