Ce que la mort du lion Cecil dit de notre monde

Durant plusieurs jours, les média et surtout les réseaux sociaux du monde entier se sont émus du sort du lion Cecil, assassiné par un riche braconnier blanc Étasunien pour plusieurs milliers de dollars. À côté de ça, des milliards d’autres morts animales ainsi que les centaines de milliers d’humains tués par ce même capitalisme impérialiste et colonialiste ont lieu dans l’indifférence générale.

De mon point de vue de végane, je suis choquée de voir que des gens qui ne voient au quotidien aucun problème dans l’élevage et la pêche intensives (ou pas) ainsi que dans la chasse / le braconnage et autres corridas se mobilisent tout d’un coup pour s’indigner de la mort d’un animal « trop mignon » / symbolique / majestueux, etc. tel qu’un lion.

De mon point de vue d’afro-féministe (anti-capitalisme, anti-impérialiste… vous saisissez l’idée j’espère), je suis tout aussi choquée de constater l’émotion sélective de ces personnes qui pleurent cette mort particulière mais aucunement celle des centaines de milliers de morts humaines, surtout si ces personnes ne sont ni françaises, ni blanches… C’est probablement ce qu’on appelle en France « l’esprit du 11 janvier » j’imagine… (#Tacle)


l'Africain dont la mort a le plus affecté


Entre spécisme et impérialisme colonial

Tout ceci est pour moi révélateur de la façon dont notre monde fonctionne :
En premier lieu, on trouve l’impérialisme raciste et capitaliste incarné par ce riche dentiste blanc Étasunien habitué de ce genre de fait puisqu’il se plaît à parcourir le monde (essentiellement l’Afrique) à la recherche d’individus appartenant souvent à des espèces protégées pour les tuer (pourquoi ne s’indigner que maintenant quand il tenait déjà un blog et une page flickr pour exhiber ses trophées il y a de ça des années ?) et qu’il a déjà été condamné aux États-Unis en 2009 pour avoir tué un ours au nord du pays.
Cet homme, donc, tout comme ses autres riches compatriotes braconniers et autres ressortissants aisés d’Europe ou d’Asie, se sent tout à fait légitime à aller dans toutes sortes de lieux (surtout en Afrique, terre de tous les types de pillages) pour tuer d’autres individus sous prétexte qu’il en a les moyens et que ces derniers n’appartiennent pas à son espèce.

Ces personnes partent du principe que leurs privilèges leur permet tout, que l’argent qu’ils ont gagné à la sueur du front d’autrui achète tout et surtout la vie d’autres individus. Je trouve d’ailleurs assez remarquable (et cohérent) le fait que l’organisateur de cette chasse tant décriée soit blanc et aussi très probablement riche lui aussi.
J’estime que cette histoire est profondément marquée par les divisions d’ordre économique, raciale et géographique (pays « du nord » écrasant les pays « du sud »).
Je veux dire par là que c’est définitivement l’expression confondus de privilèges socio-économiques (ces gens sont riches), raciaux (majoritairement blancs qui plus est) et géo-politiques (Étasuniens ou Européens voire Asiatiques pour couronner le tout) qui se manifeste et se concentre ici.

Et c’est aussi ce qui justifie la création d’élevage de lions et autres prédateurs expressément créés pour que ces riches et sans scrupules braconniers puissent s’adonner à leur cruelle passion avec l’excuse de la préservation des individus qui n’en sont pas issus ainsi que l’argument classique du capitalisme affirmant que les populations locales verront leur niveau de vie progresser quand l’argent que le braconnage légalisé rapporte (tout comme celui provenant du tourisme) va systématiquement dans les poches des plus riches.

Plus d’infos ici (ouvre une nouvelle fenêtre) : Des lions enfermés pour être mieux chassés par de riches touristes : cruel et intolérable
et là : Derrière le meurtre de Cecil, le scandale des milliers lions enfermés pour être chassés

En somme, on a des gens qui se trouvent en haut de l’échelle sociale et qui en profitent en usant de la somme de leurs privilèges, qui colonisent, pillent et détruisent les lieux d’habitations, les moyens de subsistance et l’environnement des populations qui en subissent les conséquences et qui doivent surtout applaudir les premiers.

Le saviez-vous ?
Cecil tenait son nom d’un colonisateur britannique : Cecil John Rhodes
Oh irony !…

D’un autre côté, on a toutes ces personnes outrées et ulcérées par la mort de ce pauvre Cecil dont la mort est certes horrible mais pour qui les réactions sont – comme je l’ai dit en introduction – on ne peut plus déplacées.
Encore une fois, cette indignation sélective pose problème. Et pas seulement parce qu’elle est profondément spéciste.

Le fait même de s’indigner pour un animal plus que pour tous les autres morts eux aussi pour des raisons éminemment capitalistes et spécistes est en soi spéciste. Pourquoi choisir les espèces qui « méritent » que l’on s’intéresse à leur sort et à leur mort ? Qu’est-ce qui justifie cette focalisation outrancière ? Comment expliquer le fait que des morts tout aussi horribles – toutes espèces confondues – ne provoquent pas une telle vague de tristesse ?

Le spécisme, n’est pas qu’une idéologie partant du principe que les humain-e-s sont « naturellement » supérieurs à toutes les autres espèces animales. C’est aussi privilégier son intérêt, son affection et sa volonté de protection envers certaines espèces au détriment de beaucoup d’autres pour des raisons aussi diverses et arbitraires que l’esthétique, utilité ou l’éloignement géographique par exemple. Cette dernière tare se retrouve aussi chez beaucoup d’antispécistes, qu’on se le tienne pour dit… On nage ici en plein dans ces deux aspects.

« Depuis quand les lions sont-ils devenus plus importants que les êtres humains ? » : Entre indignation sélective et problème de pays riches

Il y a aussi cette dernière réaction qui me gêne en tant que végane. Autant l’ampleur que prend cette histoire m’insupporte, autant ce mépris spéciste m’est aussi tout à fait indigeste. Pour autant, c’est une réaction classique et logique dans un monde spéciste et raciste comme le nôtre.

Mais pour énervante que cette réaction est à mes yeux, elle est aussi tout à fait compréhensible, surtout venant des Zimbabween-ne-s qui voient les Occidentaux s’indigner pour un lion quant iels-mêmes manquent de tout un tas de choses et dont le pays sert comme beaucoup d’autres de terrain de chasse de luxe comme d’autres pays servent de déchetterie pour les pays riches dans l’indifférence la plus totale.

Cette réaction souligne l’hypocrisie teintée de racisme de cette vague d’indignation qui ne s’exprime pas quand il s’agit de la vie quotidienne des Zimbabween-ne-s quand, selon certain-e-s : « Cecil menait une meilleure vie que de nombreux Zimbabwéen-ne-s ». Cette hypocrisie s’applique tout autant pour les ressortissants d’autres pays subissant les effets directs du néo-colonialisme et du capitalisme globalisé.

Pour ma part, les réactions de ces indigné-e-s (Étasuniens en premier lieu) qui préfèrent s’en prendre à un braconnier de luxe plutôt que de mettre en cause les flics qui assassinent des noir-e-s quotidiennement m’horripilent au plus haut point, tout comme celle de ces défenseur-euse-s des animaux de passage qui se fichent des autres animaux qui meurent chaque jour et celle de ces gens qui n’étaient pas choqués par le sort de migrant-e-s qui viennent mourir dans la Méditerranée ou près des barbelés séparant les USA du Mexique et qui pensent au fond qu’iels n’avaient qu’à rester chez elleux.

Je veux bien pardonner le racisme mais

Je veux bien pardonner le racisme mais pas la cruauté animale [trad. Approximative]

Comme je le disais précédemment, cette histoire montre pour moi la fracture qui existe effectivement entre d’un côté les pays riches qui se permettent de préférer pleurer la mort d’un lion qui n’avait certes rien demandé d’autre que de vivre sa vie pépère et seulement celle-ci au mépris de toutes les autres vies gâchées et arrachées et de l’autre côté, les pays pauvres qui, pour soucieux [ou pas] du sort des lions, girafes, éléphants, buffles et autres gorilles qu’ils puissent être, voient à quel point leur sort intéresse moins les Occidentaux que celui d’un pauvre lion de réserve.

Tout ceci illustre en partie pour moi la raison pour laquelle la lutte pour la protection et la libération animale ne saurait être efficace sans une lutte en parallèle contre l’impérialisme, le capitalisme et les rapports de domination existant à toutes les échelles. C’est d’ailleurs ce qu’expliquait l’article de Mrs. Dreydful que j’ai partagé ici-même il y a quelques semaines.

À lire, une autre analyse de la part d’un ressortissant du Zimbabwe : Dear World: A few reflections on our Cecil, the Zimbabwean Lion

Sources :
http://www.lesinrocks.com/2015/07/28/actualite/qui-est-walter-palmer-le-chasseur-americain-qui-a-tue-le-lion-cecil-au-zimbabwe-11764077/
http://www.courrierinternational.com/dessin/vu-du-zimbabwe-le-battage-suscite-par-la-mort-du-lion-cecil-laisse-les-zimbabweens-perplexes

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