Les animaux d’abord, une impasse idéologique

[Nota bene : cet article a été posté AVANT celui de l’Elfe pour Les Questions Composent. Ce texte-ci ne peut donc en aucun cas lui être une réponse. ]

Souvent, dans une discussion entre véganes sur les problématiques liées aux oppressions inter-humaines et surtout quand il s’agit de la reproduction de comportements discriminatoires au sein du mouvement dit antispéciste, il y a  un moment où au moins une personne dira : « Quel est le rapport avec les animaux ? », « Et pendant ce temps là, les animaux sont silenciés/invisibilisés ! 😥 » , « Tu fais du « Human First » ! » et j’en passe…

Ce genre de phrases vise à culpabiliser et a aussi et surtout pour effet de faire taire toute personne souhaitant souligner des problèmes inhérents à la société en général et à la lutte pour la libération animale en particulier. Et je sais de quoi je parle…

Or, je pense qu’il est indispensable de prendre ces problématiques en compte si l’on veut être efficace dans la lutte pour la libération animale. Ce que je veux dire, c’est que l’on ne peut plus tenir la position selon laquelle « on ne fait pas de politique », alors que le véganisme EST politique en soi et qu’il est absolument hors de question de continuer à soutenir des personnes on ne peut plus problématiques comme Brigitte Bardot (D’ailleurs, j’aimerais comprendre la cohérence en tant que végane à affirmer sans mourir d’une attaque de logique que Brigitte bardot fait tant pour les droits animaux en la faisant passer pour une super-héroïne de la cause animale alors qu’elle n’est même pas végétarienne tout en demandant des comptes à tou-tes les végétarien-nes qui passent par rapport à leur consommation d’œufs et de fromage !) ou même Gary Yourovsky.

Enfin, on ne peut en aucun cas se permettre de négliger les problèmes de racisme, de sexisme, de mépris de classe et de validisme / capacitisme qui ont cours dans le mouvement antispéciste autant (voire plus) qu’ailleurs. Tout simplement parce que ce n’est pas en stigmatisant et en excluant des catégories entières de personnes (au hasard : les musulman-es) que l’on avancera.

Image trouvé sur le site

Image trouvé sur le médiocre site « La Terre d’abord »

Malheureusement, ces problématiques sont souvent balayées d’un revers de la main sous prétexte que les opinions politiques de chaque individu n’ont pas à entrer en ligne de compte dans la lutte pour la libération animale car les vaches, cochons, chevaux, chats, chiens, etc. sont les VRAIES dernières victimes d’oppression et de domination. Ce qui justifie que l’on n’écoute pas voire que l’on rejette toute critique du mouvement, fut-elle constructive et étayée d’arguments concrets. Et cela explique aussi la complaisance coupable de beaucoup de militant-e-s envers l’extrême droite française, extrême droite qui n’a jamais hésité à bouffer à tous les râteliers.

Bref, pour en revenir au sujet de mon article, j’ai du mal avec la position dite des « animaux d’abord ».
C’est bien beau sur le papier mais concrètement, ça se traduit comment ? Même les personnes qui brandissent ce slogan ne font que parler entre humains de problématiques qui concernent toujours les humains d’une façon ou d’une autre, directement ou non , en évoquant l’alimentation, les alternatives aux produits issus des animaux, l’économie, l’écologie et j’en passe.

De plus, cette position a tendance à sous-entendre que les problèmes rencontrés par les humain-es sont triviaux, sans importance comparés à ceux des autres espèces animales. Ça rejoint ce que je disais plus haut dans le sens où ça permet de se dispenser de toute remise en question quant à ses propres comportements oppressifs (racistes, sexistes, âgistes, validistes, homophobes, transphobes, biphobes, etc.). Une façon de se faciliter la lutte en somme.

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Une campagne de Peta qui ne joue pas sur le sexisme : profitions-en, c’est trop rare pour ne pas être souligné !

D’ailleurs, derrière ce genre de propos, on retrouve le discours selon lequel on n’est végane QUE pour les espèces animales que nous mangeons, transformons en vêtements, ingrédients cosmétiques ou sujets de tests en laboratoire et qu’aucune autre raison n’est valable, pas même la compassion. Et ça donne ce genre de texte moralisateur et culpabilisant au possible :

L’article [que je n’ai pas lu] part d’un bon sentiment mais est à côté de la plaque. Je suis vegan et je fréquente des dizaines de vegans qui sauteraient au plafond en lisant ça. D’abord, il y a une confusion regrettable entre vegan et végétarien (le mot « végé » étant par ailleurs confusionniste puisque personne ne le définit pareil : vgr + vgl + vgn pour certains ; seulement vgr et vgl pour d’autres). Le végétarisme est un régime alimentaire, pas un mode de vie global qui exclut l’exploitation animale de notre consommation (alimentation végétalienne, boycott des produits testés sur les animaux nonhumains, du cuir, de la laine, des zoos, cirques avec animaux NH, etc.). De plus, le végétarisme tue des animaux dans la mesure où il s’agit d’ovo-lacto-mielo-végétarisme. Pour avoir du lait, on insémine une vache chaque année et on lui retire son veau. Le veau est ensuite engraissé puis tué si c’est un mâle ; il aura la même misérable vie que sa mère si c’est une femelle. Quant aux œufs, même bio, on broye, gaze, jette directement à la poubelle (au choix) les poussins mâles… Le végétalisme, qui lui aussi est un simple régime alimentaire n’exclut pas non plus l’exploitation animale. Un végétalien peut très bien assister à une corrida et porter de la fourrure (par exemple). Bref, il y a l’exploitation animale et le véganisme. Il n’y a PAS DE TROISIEME OPTION. Par ailleurs, le véganisme est philosophique et POLITIQUE et on n’est pas vegan par compassion (ou du moins ce n’est pas la raison première). On est vegan car par JUSTICE. On reconnaît l’égalité en droits fondamentaux des animaux SENTIENTS (humains et nonhumains). Tous ont un égal intérêt à être traités comme des personnes et non comme des biens, des (MARCHANDISES). Concernant les arguments santé et environnement, ce ne sont pas non plus la raison déterminante pour devenir vegan. Certains omnis se portent très bien et on est pas vegan pour ne pas polluer. On est vegan POUR LES ANIMAUX. Concernant la comparaison avec les camps de concentration ou l’esclavage, je pense qu’il vaut mieux les éviter car on ne lutte pas contre une oppression en en invoquant une autre. L’oppression systémique qu’est le spécisme et le massacre inutile de milliards d’animaux chaque année sont suffisament injustes pour justifier que les gens deviennent vegan. Maxime Ginolin n’a pas compris cela puisqu’il est « human first » et donc spéciste. Il a organisé un happening utilisant une tête de veau et cautionne les marquage au fer rouge d’humains, ce qui discrédite le mouvement vegan. Enfin, manger bio ou être « flexitarien », c’est rester omni et ça ne sauve pas d’animaux. C’est juste hypocrite. Prôner le « Chacun son rythme », c’est oublier les victimes et rester dans nos privilèges d’oppresseurs. C’est indécent quand on connaît le sort des animaux et l’urgence qu’il y a à devenir vegan pour eux.

D’ailleurs, ce texte contient plus d’un problème :
L’opposition véganisme / exploitation animale ;

La réalité est loin, très loin d’être aussi simple, pour ne pas dire simpliste : OK, on peut modifier notre alimentation et notre mode de vie mais le véganisme total est en soi impossible pour tout un tas de raisons pratiques et matérielles. Pour donner un exemple : on peut cesser d’utiliser des cosmétiques testés sur les singes, lapins ou rats, mais qu’en est-il des médicaments, et des traitement médicaux ? Donc, si l’on suit son raisonnement, personne, pas même l’autrice de ce commentaire n’est végane.

Quand elle parle de droits fondamentaux et d’égalité devant ceux-ci, de quoi parle-t-elle exactement ?
Dans la mesure où même chez les humains, elle n’est pas forcément évidente, il serait vraiment utile de préciser ce que recouvre ce genre de notion floue. D’ailleurs, le problème que ça soulève est que présenté ainsi, cette façon de parler de droits fondamentaux donne l’impression que ces derniers (quels qu’ils puissent être) sont déjà acquis pour tou-te-s et par conséquent qu’il n’est pas utile de lutter (en parallèle) pour d’éventuels droits humains.
C’est d’ailleurs une autre problématique végane : l’exploitation humaine n’est que très peu prise en compte et il s’agira parfois de faire des choix qui iront dans le sens soit de l’exploitation humaine, soit de la mort d’espèces animales si ce n’est les deux, pour des raisons de moyens financiers et/ou de conditions d’accès difficiles ;

« Les marquages au fer rouge d’humains discréditent le mouvement végane » ;
Il y a eu des époques où l’on marquait des personnes au fer rouge et ça allait quand même bien plus loin que le simple discrédit d’un mouvement animaliste… Par rappel : en France, on a utilisé ce procédé pour marquer les esclaves noirs et aussi pour marquer les prostituées. Reprendre ces codes sans les remettre dans leurs contextes racistes et misogynes-putophobes est bien plus problématique qu’une simple considération de notoriété et de crédibilité.
De même, l’utilisation de têtes de veau dans des happenings vont un peu plus loin que la décrédibilisation. Je songe à exposer mon problème avec ce genre de procédé dans un autre article d’ailleurs ;

La culpabilisation arrogante qui transpire tout le long de cette diatribe ;

Le principe de décréter de façon unilatérale LA raison unique et inaliénable pour laquelle on est végane. Arrogance encore donc.

L’esclavage et les camps de concentration ne sont pas « que » des oppressions ce sont des crimes, que dis-je ? Des génocides.

Si tu le dis.

Si tu le dis.

Bref, une bonne partie de ce qui me pose problème chez ces véganes « puristes » est plus ou moins résumé dans ces lignes.
Pour tout dire, je trouve cette posture particulièrement hypocrite, absurde et, quelque part, déplacée.

• Hypocrite et absurde parce que les personnes qui ont l’expression « les animaux d’abord » à la bouche à la première occasion se posent directement en gardien-nes de la « morale végane » qui exige que l’on s’oublie pour les dominés qu’ils sont, en mode : « MOI je pense aux victimes suprêmes contrairement à toi, sale égoïste sans cœur !! ». On en revient à ce que je disais en début d’article. Et c’est oublier bien vite que nous sommes en position privilégiée, que nous avons le pouvoir et la possibilité de décider nous de l’agenda « antispéciste » et que quoi que l’on dise, quelles que soient nos positions, nous ne ferons jamais vraiment assez tant que la libération animale ne sera pas effective.
• Déplacée parce que les donneur-euses de leçons ne sont pas toujours « safe » ou du moins impliqué-es ou ne serait-ce que renseigné-es sur tout ce qui concerne les rapports de domination inter-humains.
J’ai du mal, en ce qui me concerne, à entendre ce genre de phrase de la part de racistes, d’homophobes et autres misogynes…

Pour terminer, je voudrais que les choses soient bien claires : Je ne suis pas en train de dire que la protection et/ou la libération des chouettes, ânes, blaireaux, tortues, truites, crapauds et autres loups ne doivent pas être une priorité pour les véganes mais simplement qu’ils ne sont pas LA priorité des priorités et qu’ils ne doivent en aucun cas le devenir si le but est de les utiliser dans une espèce de hiérarchisation malsaine des luttes dans laquelle on refuse de voir et de prendre en compte les oppressions existant chez les humains.
Et c’est malheureusement bien trop souvent ce qui se passe. Pour moi, il n’y a pas de « d’abord » : ma position est que les « animaux » comptent aussi.

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13 réflexions sur “Les animaux d’abord, une impasse idéologique

  1. Bonjour et merci pour votre article que j’ai trouvé très intéressant. Végé depuis 3 mois seulement, je constate moi aussi les problématiques que votre article souligne et décrit avec beaucoup de justesse. Concernant Gary Y., en dehors des comparaisons avec la Shoah, pouvez vous me dire en quoi il est problématique ? J’avais trouvé sa conférence très intéressante malgré la violence de certains de ses propos (que j’ai mis sur le compte de la passion) mais je ne voudrais pas partager s’il est problématique ou s’il tient des propos inexacts. Merci, Alexia

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      • Y a t’il un seul homme hétéro cisgence blanc qui n’estime pas que les femmes méritent d’être violées ??? Je suis fatiguée là… Merci beaucoup de votre réponse, je suis très en colère !

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  2. Et pourquoi parler de veganisme et pas d’antispecisme?
    Que de généralité dans cet article..
    La lutte antispe a bon dos, à quand un – des articles sur le specisme chez le féministes ? Dans les milieux antiracistes?

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    • Écoute… Si t’es pas contente, t’as le droit de les faire toi-même tes articles. Je n’ai aucun ordre à recevoir en fait.

      Je ne parle presque plus d’antispécisme parce que le terme commence à me poser problème pour un nombre grandissant de raisons que je développerai ultérieurement dans un futur article.

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  3. Cet article fait vraiment un bien fou… Plus ça va et plus je me rend compte que j’ai une chance dingue d’être entourée de personnes véganes safes.

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  4. Bonjour,
    Si j’ai bien compris le propos de votre article, vous dénoncé le faites que certain-e-s abusent du « les animaux d’abord » pour silencier certaines oppressions que ces mêmes personnes ne subissent pas.
    Il est vrai qu’on peut, en usant du « les animaux d’abord », feindre les oppressions que certain-e-s personnes subissent et en ne considérant pas ces mêmes oppressions comme légitime face à celle des animaux. Ca amène également à fréquenté des milieux pas vraiment sûr, comme vous le citez, des milieux d’extrême droite. C’est d’ailleurs dans cette optique du « les animaux d’abord » que Gary Yourofsky se positionne an ayant des propos atroces envers des personnes ne rentrant pas dans sa ligne de compte.
    Cependant, ce terme, « les animaux d’abord », je l’ais vu plusieurs fois. Sans doute était-ce pour silencier certain-e-s individu-e-s pour ne pas les considérer mais également – et je pense que c’est ce qui manque à votre article – lorsque la question du veganisme se posent et que des sujets comme la nutrition, l’environnement, la santé,… viennent monopoliser le débat au détriment de celui traitant de la condition animale.
    Votre article est bon de rappeler que ce ne sont pas les animaux d’abord, ou ni les humain-e-s d’abord, mais que tout le monde compte, et qu’il ne faut pas user de l’un pour feindre l’autre. Cependant, je pense que cette utilisation du « les animaux d’abord » prend place lorsque l’on traite de d’autres sujets gravitant autour de la question du veganisme et non de la condition animale d’où la rectification de certain-e-s.
    J’espère avoir été clair, et je ne parle que de ce que j’ai put lire sur ce sujet, c’est sans doute une vision différente de vos lectures
    Merci.

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  5. En fait, j’ai beaucoup tiqué sur le titre (on peut s’y attendre vu que j’ai écrit un article qui s’appelle « les animaux d’abord »!), mais pour autant, ce que tu dis est loin d’être idiot. Je sais pas dans quelle mesure je suis d’accord ou pas d’accord, mais je voulais juste me permettre une remarque: on peut très bien critiquer le caractère oppressif d’un mouvement militant quel qu’il soit, sans pour autant que ça remette en cause la légitimité de ce mouvement ou l’importance de ceux/celles qu’il défend.
    Par exemple: critiquer la transphobie dans le milieu féministe ne signifie en aucun cas que le féminisme n’est pas important en soi, et qu’il ne faut pas lutter pour les droits des femmes. Il y a effectivement des féministes qui vont répondre qu’elles s’en foutent de la transphobie parce que le plus important c’est les femmes, mais ça prouve un manque de politisation, d’information, de réflexion, et/ou de volonté de remise en question sur le sujet.
    Donc si je dis qu’une campagne pour les animaux est sexiste et qu’on me répond « les animaux d’abord » ça montre juste, à mon avis, à quel point les défenseurs des animaux sont pas politisés et comprennent peu de choses aux autres luttes égalitaristes. Les campagnes pour les animaux ne devraient jamais être racistes, sexistes, transphobes etc… On ne devrait de toutes façons jamais cautionner une oppression pour en combattre une autre (désolée si j’enfonce une porte ouverte).
    Par contre je pense quand même que les animaux devraient rester le plus possible au cœur du mouvement qui prétend les défendre, autant que faire se peut, ce qui ne sera bien sur jamais autant le cas que dans les luttes menées par les opprimé.e.s elleux-même. Mais je pense néanmoins qu’il y a un gros effort à faire là-dessus.

    Aimé par 1 personne

    • Je suis désolée si je n’ai pas été claire à ce sujet mais je ne voulais en aucun cas mettre en cause la légitimité du mouvement pour la libération animale ou l’importance que doivent avoir ces derniers.

      Et je me rends compte en relisant ton commentaire que j’allais répéter ce que tu dis. J’imagine donc qu’on n’est, au moins, pas en total désaccord.

      Aimé par 1 personne

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