Le terme « animaux » est-il spéciste ?

Selon le dictionnaire (papier) Larousse édition 2011, le mot animal se définit ainsi :

« n. m. (mot latin de de anima, vie)
Être vivant, généralement capable de se mouvoir, se nourrissant de substances organiques.
Être animé, dépourvu du langage (par opposition à homme).
Injure, vieilli : Personne stupide, grossière ou brutale. »

« Par opposition à homme » (il faut croire que le mot « humain » est trop compliqué pour ce dictionnaire…) nous dit donc le Larousse. Définition éclairante sur l’idée que l’on se fait généralement de ce terme et qui est à l’origine de bien des incompréhensions et tensions entre militant-es pour la libération animale et leurs interlocuteurices. J’y reviendrai.

De son côté, l’Athénée Fernand Blum (lycée belge) nous explique que « les animaux sont des organismes pluricellulaires, formés de nombreuses cellules constituant divers tissus et le plus souvent des organes. Ils se distinguent des plantes et des champignons par le fait que chacune de leur cellule n’est délimitée que par une très fine membrane. Ils s’opposent en outre aux plantes par leur mode de nutrition hétérotrophe [*] ».

Tout ça pour dire que comme l’affirme l’Encyclopædia Universalis, « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le mot animal est difficile à définir. Le principe des critères communs aux animaux, la place de l’homme par rapport à l’animal et la délimitation de l’ensemble des espèces dites animales ont constitué de sérieux problèmes, tant scientifiques que philosophiques. En dépit d’une clôture apparente du questionnement sur ce qu’est un animal, une définition réellement scientifique, celle de métazoaire [*] hétérotrophe, peine à s’imposer » (il a l’air bien ce dossier mais il faut payer pour le lire en entier. 😦 ).

Donc, le terme « animaux » est souvent voire toujours utilisé en lieu et place de appellation : « règne animal », pas forcément plus claire mais moins réductrice et essentialisante.

Or, le règne animal comporte 8 à 12 millions d’espèces qui contiennent souvent elles-mêmes plusieurs races ou variétés. Réduire cette immense variété au très réducteur « animal/animaux ». Même au pluriel, le mot « animal » est problématique pour les mêmes raisons que l’utilisation du terme « la Femme » pour parler des individus assignés femmes.

Dessin de Cil

Dessin de Cil

De plus, ce terme contribue à nous distinguer des autres espèces. C’est ce que la définition du Larousse révèle. Nous nous sentons d’ailleurs souvent obligé-es de parler d’ « animaux-humains » par opposition à « animaux » tout court dans des discussions portant sur l’antispécisme. Or cette distinction ne nous inclus pas tant dans le règne animal qu’elle conserve l’enfermement des autres animaux dans un concept bien trop limité pour décrire la très grande variété de races existant.

En fait, la difficulté vient du fait que les termes « humains » et « animaux » décrivent deux réalités totalement opposées et surtout totalement inversées.

Je m’explique.

Le terme « animaux » (dans le sens « règne animal ») regroupe la totalité des espèces animales existantes dont font partie les humains. C’est donc le point de départ de la classification des espèces.

Or, les humains sont au bout de cette classification du vivant, au même niveau que les félidés, les ursidés et les canidés par exemple.

Seulement, nous avons pour habitude de nous positionner en dehors de cette classification, comme si nous ne faisions pas partie du règne animal, comme si nous n’étions pas des animaux à part entière. D’où le fait que nous nous excluions systématiquement de la nomination « animaux » même en tant qu’antispécistes.
Pire, nous nous situons au-dessus de cette classification.

J’en viens à la difficulté que je rencontre à chaque fois que je remets en question le terme « animaux » tel qu’il est utilisé actuellement. Quel terme utiliser alors en remplacement ? Pourquoi le remplacer ? Pourquoi ne pas remplacer « humains » ? Ou les deux termes ? Etc. Des questions dont les réponses sont peut-être bien trop complexes pour obtenir une réponse qui semble convenable mais essayons.

L’usage du terme « animaux-humains » couramment utilisé par beaucoup de militant-es antispécistes ne règle en rien ces problèmes pour moi, au contraire. Certes, cette dénomination tente de renvoyer les humains à leur condition d’animaux comme les autres mais finalement, le terme « animaux » reste utilisé pour dire « tout ce qui n’est pas humain ». Ils restent une masse uniforme d’êtres vivants et pourvus d’un système nerveux central.

Le terme « hominidés » non plus ne convient pas puisqu’il inclut les singes et si les singes avaient les mêmes droits que nous « humains », ça se saurait !

Inventer de nouveaux termes me semble bien trop compliqué et inefficace. Et puis comment on inventerait ces termes ? Sur quelle base ? Sur quels critères ?… J’ai pendant un temps utilisé d’autres mots mais leur limite se trouve dans le fait qu’ils ne sont connus que d’un tout petit nombre et en rédigeant cet article, j’ai réalisé qu’ils ne règlent en rien les problèmes que j’ai soulevé.

Si l’on conserve le terme « humains » pour nous décrire – l’humain faisant partie de la famille des hominidés, sous-catégorie de l’ordre des primates, elle-même sous-catégorie de la classe des mammifères – ne serait-il pas plus correct alors de parler des autres races en les nommant ? Cette réponse n’est pas satisfaisante puisque bien trop complexe (et qui s’est complexifiée au fil du temps d’ailleurs) et surtout, on n’aurait jamais fini dans ce cas, vu le nombre impressionnant d’espèces répertoriées, sans parler de celles que nous ne connaissons pas !
À moins de commencer une liste non exhaustive, comme celle que j’ai entamée auparavant. Et pourquoi pas en prenant soin de choisir une espèce par famille ? Nul besoin d’en citer 36, 4 ou 5 devraient suffire pour minimiser au maximum l’effet globalisant et invibilisant du terme « animaux »

Au choix :

Vers de terre (lombric) ; Escargots ou Limaces ; Araignées ou Scorpions ; Coccinelles ; Papillons ; Truites ; Crapauds ; Grenouilles ; Lézards ; Couleuvres ; Vipères ; Tortues ; Hérissons ; Chiens, Loups ou Renards ; Ours bruns ; Belettes, Blaireaux, Fouines ou Furets ; Chats ou Lynx ; Ratons laveurs ; Écureuils ou Marmottes ; Mulots ; Porcs-épics ; Lièvres ou Lapins ; Sangliers ou Porcs ; Chevreuils ou Cerfs ; Vaches, Moutons ou Chèvres ; Chevaux, Ânes ou Zèbres ; Hérons ; Cigognes ; Flamants roses ; Canards, Oies ou Cygnes ; Aigles ou Buses ; Faucons; Faisans, Perdrix ou Poules ; Pintades ; Dindons ; Mouettes ; Goélands ; Colombes, Pigeons ou Tourterelles ; Chouettes ou Hiboux ; Martinets ; Alouettes ; Corbeaux ; Moineaux, etc.

C’est pour le moment la seule solution qui me vient à l’esprit et qui me convienne. Et vous ? En avez-vous d’autres ?

Source non citée dans l’article :


[]Hétérotrophe : Qui ne peut pas synthétiser par lui-même les éléments constituants des substances organiques dont il se nourrit.
Le Larousse ajoute : (Toutes les espèces vivantes sont hétérotrophes, sauf les végétaux chlorophylliens [plantes vertes, algues], qui sont phototrophes, et quelques bactéries, chimiotrophes.)

[]MÉTAZOAIRE, subst. Masc.
ZOOL., Animal pluricellulaire dont les nombreuses cellules différenciées des tissus sont groupées en systèmes fonctionnels ou organes.
[En clair, ce sont des êtres formés de cellules forment des organes, des muscles, tout ça.]

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4 réflexions sur “Le terme « animaux » est-il spéciste ?

  1. Pingback: 3. 096 JOURS: UNE RÉFLEXION SUR L’ANTISPÉCISME A PARTIR DU CONCEPT DE TRAITEMENT « INHUMAIN  | «Philomèle

  2. Merci pour cet article et cette réflexion, dont je partage l’essentiel. C’est un défi de taille et je ne connais pas de réponse satisfaisante. Il faut d’ailleurs autant faire attention à l’usage du « nous », qui exclut toutes celles et tous ceux n’étant pas compris dans le mot. Nous, les humains, et eux, les animaux — alors que les animaux peuvent bien faire partie de ce « nous », selon ce qu’on veut dire.

    Je comprends moins cet extrait de votre texte: « Or, les humains sont au bout de cette classification du vivant, au même niveau que les félidés, les ursidés et les canidés par exemple. »
    Est-ce que ça se veut ironique? Je l’ai peut-être moins bien décelée. C’est encore encore couramment entendu que l’espèce humaine se veut l’aboutissement de l’évolution, alors qu’en termes évolutifs, les Homo sapiens ne sont pas plus évolués que n’importe quelle autre espèce vivante (incluant les bactéries, plantes, champignons). L’arbre de l’évolution serait peut-être mieux représentée en tant que buisson, dont les racines sont au centre et qui pousse dans toutes les directions. Quelque chose comme ça: http://a6.typepad.com/6a01901d7a04f8970b01a5119c2ca6970c-pi

    Et oui, plutôt que de dire « humains », j’aime parfois employer « Homo sapiens » pour rappeler cette commune animalité. Et « l’Homme », au singulier et avec majuscule, on devrait vraiment s’en débarrasser.

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    • Bonjour !

      Je tiens pour commencer à dissiper un malentendu : « Or, les humains sont au bout de cette classification du vivant, au même niveau que les félidés, les ursidés et les canidés par exemple. »

      Je me suis basée sur les informations que j’ai trouvées qui indiquent qu’au bout des branches, il y a les espèces sus-citées. D’où la mise au même niveau des humains, ursidés et canidés. On est au même niveau d’un point de vue de l’évolution, certainement pas au-dessus. J’espère avoir été plus claire.

      Merci en tout cas pour vos remarques. 🙂
      ABV

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  3. J’ai des difficultés semblables, autant avec les termes « animaux » que « espèces », C’est pourquoi je tente autant que possible d’éviter ces termes et de parler tout simplement d’individus d’autres groupes biologiques ou zoologiques pour référer aux animaux des autres espèces. Parler d' »individus » au lieu d' »animaux » fait en sorte que les gens comprennent mieux ce que nous disons et pourquoi nous nous soucions de leur sort (eg. individus dotés de vie psychologique ou subjective, etc.). Remplacer le terme « espèce » par « groupe biologique » souligne l’aspect moralement arbitraire de la distinction et permet d’éviter de laisser les gens penser qu’on a affaire à deux « espèces » de choses très différentes. Je suis ouverte à d’autres possibilités, mais c’est ce qui fonctionne le mieux pour moi pour le moment.

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